Monstres et Merveilles


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« L’aube des dragons  » de Anne McCaffrey

Les éditions Pocket ont commis, à mon sens, une erreur éditoriale. Du coup, ennui mortel pour mon premier voyage sur Pern.

Mise en bouche :  Des milliers de colons humains ont trouvé refuge sur Pern, une planète très riche semblable à la Terre. Ils souhaitent y créer une société égalitaire et pastorale, et décident de laisser derrière eux toute forme de technologie. Les hommes découvrent peu à peu qu’ils ne sont pas seuls : sur Pern vivent de grands lézards qui ressemblent aux dragons des légendes et des dauphins très intelligents avec lesquels ils vivront en harmonie. Mais après des décennies de vie paisible, les Pernais devront affronter une incroyable menace venue de l’espace : les Fils. Ces filaments tombent du ciel et détruisent tout sur leur passage. (source : Pocket)

J’ai commis une grosse erreur sur ce cycle. Ne connaissant pas le cycle de Pern, je me suis laissé berné par les nouvelles intégrales de chez Pocket à la couverture classieuse. J’ai donc acheté l’intégrale 1 et commencé naturellement « l’aube des dragons », premier livre. Erreur ! Car il s’agit de l’ordre chronologique et pas de l’ordre d’écriture. En fait, « Le vol du dragon » est le premier tome écrit par Anne McCaffrey. Du coup, mon avis sur le cycle entier est faussé. Mais bon voilà, je l’ai lu, vierge de toute connaissance du monde. Et le résultat est que la fondation de Pern m’ennuie. Bon, vous me direz, il s’agit seulement de la préquelle d’une énorme saga où l’on assistera à l’évolution d’un monde fantastique sur des générations. Mais voilà, ce livre ressemble à une simple introduction. Et 500 pages de prologue, c’est trop. J’ai eu l’impression que l’auteur a pondu un récit-prétexte pour légitimer son monde, lui donner une genèse. Du coup, le texte m’a semblé gris, factuel et sans surprises.

Le plat pays

Ma première déception, c’est le manque de saveurs sur Pern. Le texte propose trop peu de descriptions à mon goût. Cela manquait de stimulus pour mon imagination. Rien n’évoque la luxuriance des paysages ou l’exotisme des créatures. Le physique des personnages n’est jamais esquissé, si ce n’est, à de très rares moments, quelques traits distinctifs. L’auteur se limite à décrire une chose comme  « belle » et pas en quoi celle-ci est belle. Il ne reste que le factuel. De ce fait, des évènements dits « tragiques » ou « éblouissants » ne le deviennent jamais à mes yeux. Et donc, je finis par me foutre un peu du destin de cette colonie. Les créatures, dragons, personnages ne sont liés à aucune sensations, couleurs, textures. Ils sont en plastiques comme des jouets avec lesquels un gosse inventerait une histoire faite de morceaux qu’il a entendu ailleurs. Par contre, énormément de dialogues. Bon, j’ai l’air de râler beaucoup. Mais franchement, les personnages passent beaucoup de temps à tergiverser. Ils se perdent constamment en conjectures et hypothèses. Ils deviennent rapidement pompants. Leurs conversations se bornent souvent à l’échange d’informations. Les émotions passent un peu à la trappe. L’essentiel tient donc dans l’intrigue. Et malheureusement, celle-ci est tissé de grosses ficelles. On sait à l’avance où l’auteur nous emmène. Elle veut donner une genèse à son monde fantastique où tous les éléments surnaturels auraient une explication scientifique. Du coup ce prologue a un objectif technique qui n’est pas très excitant.

« Les dauphins de Pern » de Rowena Morril

Mon petit poney

Mart equitLe roman approche des thématiques intéressantes : la place de l’homme dans son écosystème, le flou entre le naturel et l’artificiel. Mais ici, le propos est naïf. J’ai parfois eu l’impression de me retrouver dans l’esprit d’une fillette. Poneys, dragons et dauphins deviennent meilleurs amis de l’homme. Les animaux sont naturellement serviles, acceptant la collaboration avec l’homme. Et ça m’a toujours gavé ce cliché de l’empathie naturelle entre le « maître » et la « créature ». Le cavalier et sa docile monture qui se comprenne d’un regard humide. Comme si l’asservissement du cheval et autres animaux de bât était naturelle. De même, l’intelligence que l’on associe systématiquement au dauphin (ça n’a par ailleurs apporté à l’espèce que vies en aquarium et statut de bête de cirque). Bref, raccourcis faciles qui prennent parfois des allures de pokemon. Les nombreux personnages ont très peu d’épaisseur. On sent qu’ils sont appelés à disparaitre (excepté quelques traces comme leurs patronymes qui, j’imagine, traverseront probablement les âges à travers leurs descendances ou leurs faits héroïques). En attendant, je me suis attaché à très peu d’individus. Je les ai confondus. Je les ai oubliés. Aucun personnage, ni aucune créature de ce monde ne m’a semblé mémorable. Si jamais j’ai le courage de lire la suite un jour, j’espère que je m’emmerderais moins.

Je serais curieux de connaitre l’avis d’un lecteur de McCaffrey. J’imagine que l’on pose un regard complètement différent sur cette genèse lorsque l’on connait ce monde et ces créatures. Je suppose que certains noms y résonnent comme de lointaines légendes. Je me demande alors pourquoi Pocket a décidé de publier le cycle dans l’ordre chronologique. 

Ce billet marque ma première participation à un challenge du traqueur stellaire. J’apporte ma maigre contribution par ce petit coup de gueule sur les éditions Pocket.

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