Monstres et Merveilles


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« Les salauds gentilshommes – les mensonges de Locke Lamora » de Scott Lynch

Scott Lynch ressemble un peu à son personnage. Bon conteur, il fourvoie complètement son lecteur et parvient à le surprendre à chaque chapitre. Une intrigue haletante pleine d’humour.

Les Salauds Gentilshommes - les mensonges de Locke LamoraMise en bouche :

Au sein de Camorr, une opulente cité lacustre, Locke Lamora et sa bande « Les salauds gentilshommes » soulagent régulièrement la noblesse de quelques fortunes de couronnes d’or. Maitres dans l’art de la fourberie et du déguisement, ils élaborent d’ingénieuses arnaques pour dérober leurs butins. Or la « paix secrète », un accord signé entre la garde et la mafia locale, punit pourtant sévèrement ce genre d’activité. Aucun voleur attaché à ses testicules ou même à sa vie, ne se risquerait à effleurer une figure d’autorité camorrienne. Les salauds gentilshommes jonglent donc en secrets avec plusieurs visages, toujours sur le fil du rasoir. En plus de ces difficultés, leur dernier coup se complique ; une rumeur gronde en ville : un certain « Roi Gris » traquerait les chefs de bandes.

La City

Ce roman appartient à un genre de la Fantasy qui s’intéresse aux petites histoires plutôt qu’à la grande. Une fantasy qui s’attache au quotidien citadin et rocambolesque de petites gens au lieu des destinées épiques de grands royaumes. Ce mode de narration plus « picaresque » me semble toujours plus frais, moderne. En fait, Camorr, à elle seule, constitue un petit état. En effet, cette cité, au parfum vénitien, s’enrobe d’une riche mythologie. La ville se divise en quartiers qui diffèrent par une identité propre. Le passé et le présent s’y mélangent formant ainsi un patchwork de strates successives, sédiments de l’Histoire. Chaque nom de rue donne l’impression de cacher une anecdote truculente. Il en résulte un univers luxuriant qui m’a rapidement conquis.

Un autre aspect moderne est l’idée du pouvoir financier qui musèle la politique. Thématique que l’on retrouve également dans la trilogie « la première loi » d’Abercrombie et qui fait évidemment écho à la crise actuelle. L’auteur évoque brièvement la spéculation immorale, la puissance du système bancaire. Un monde de bourgeois replets qui réprouvent au grand jour la racaille mais qui l’utilisent pour leurs petites affaires nocturnes et moralement douteuses. Une collusion qui renvoie à une morale relative, autre concept moderne, plutôt qu’a une dualité étique (bien/mal). Le voleur est parfois moins une crapule que le banquier véreux.

« .., je lui ai tranché sa putain de langue avant de cautériser ce qu’il en restait.

Tout le monde dans la pièce le dévisagea

– Je l’ai aussi traité de peigne-cul, enchaîna Locke. Il a pas apprécié »

Mais « les mensonges de Locke Lamora » est une injection de divertissement brut en intraveineuse. Dans le fond, Scott Lynch ressemble un peu à son personnage. Bon conteur, il fourvoie complètement son lecteur et parvient à le surprendre à chaque chapitre. Suspens et surprises construisent une intrigue haletante. De plus, les dialogues apportent une dose exquise d’humour. Les personnages se lancent des vannes sans cesse, pour le plus grand plaisir du lecteur. Cela participe à rendre chacun de ces salauds gentilshommes attachants. Le récit principal est entrecoupé d’interludes : flashbacks sur la vie des protagonistes ou courtes anecdotes. Cela apporte beaucoup de dynamisme au rythme de lecture.

Les chiens aboient, la caravane passe

Illustration de Benjamin Carré *

Locke Lamora se situe entre Le scorpion (Desberg-Marini) et Scapin (Molière). Une sorte d’anti-héros qui ne doit son salut qu’à sa ruse et sa culture. Car à côté de ça, Locke est assez ordinaire. Il ne jongle pas avec de grandes puissances arcaniques et il ne se mouille pas non plus dans de grandes luttes de pouvoir. En gros, une sous-merde (ni héro musclé, ni mage puissant) qui semble parfois autant marionnette que marionnettiste. Il a d’ailleurs un petit côté John Mcclain, le type qui s’en prend plein la tronche mais qui parvient encore à placer quelques traits d’humour. Outre cette rage de vie (botte increvable au « milles bornes ») et sa ruse, son meilleur atout consiste à passer inaperçu « Il n’y a pas meilleur liberté que d’être constamment sous-estimé. ». Bref, Locke Lamora nous a dans la poche dès le premier chapitre.

Illustration :

http://www.blancfonce.com/ Vous pouvez y voir le superbe travail de Benjamin Carré 

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