Monstres et Merveilles


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« Après la chute » de Nancy Kress

Une novella assez inconsistante malgré son concept sympathique

Couverture illustrée par Diego Tripoldi et conçue par Eric Holstein (ActuSF)

Couverture illustrée par Diego Tripoldi et conçue par Eric Holstein (ActuSF)

Le monde chutera. Le monde chute. Le monde a chuté. Le roman de Nancy Kress conjugue son intrigue à tous les temps. Le passé d’abord, où une série d’enlèvements d’enfants inquiète le FBI. Le présent ensuite, qui devient le théâtre d’une catastrophe écologique. Le futur enfin, dans lequel une poignée d’individus survit à l’intérieur d’une étrange prison.

Mais « Après la chute » ne se limite pas à l’exercice grammatical car il propose un mécanisme séduisant à travers le voyage dans le temps. De fait, en 2035, les survivants disposent d’une machine temporelle qui leur permet de remonter au temps de l’abondance, avant la chute. Malheureusement, incontrôlable, le système ne fonctionne que de manière aléatoire, et durant dix petites minutes seulement. Courte visite donc, mais suffisante pour piller un supermarché ou, si le hasard le permet, kidnapper des enfants. Pourquoi ces vols ? Pourquoi la chute ? Pourquoi survivre ? Les fils de l’Histoire s’entremêlent pour tisser une réponse.

« After the Fall, Before the Fall, During the Fall », titre original, est davantage une novella qu’un épais roman. L’histoire est courte et très aérée. Certains chapitres n’occupent qu’une demi-page. Du coup, une novella de ce type, à plusieurs voix, se doit d’être rythmée et haletante. Or, dommage, elle ne remplit pas ces conditions d’un bon page-turner. Bien au contraire, les passages d’avant la chute, qui relatent l’enquête du FBI, sont inintéressants. Et ceux qui évoquent ladite chute, développement de bactéries, tremblements de terre ou autres joyeusetés, s’avèrent carrément facultatifs. Ne reste donc, dans la marmite, que le mystère autour des survivants.

Un principe original mais peu exploité

Couverture US désigné par Elizabeth Story (Tachyon). Et oui, encore du flat design.

Couverture US désigné par Elizabeth Story (Tachyon). Et oui, encore du flat design.

Et pourtant, ce petit bouquin mérite mieux qu’une montagne de reproches. Il est sauvé par son principal mécanisme : le voyage temporel, le pillage du passé par le futur. Même si elle me semble assez inexploitée, cette petite trouvaille est très plaisante. Imaginez : Pete, un des visiteurs du futur, s’introduit sur la pointe des pieds dans une maisonnée endormie. Il s’immisce discrètement dans la chambre de bébé et le prend dans ses bras. Mais pas assez délicatement, car le nourrisson se réveille. Alertée par les pleurs, la famille déboule dans la chambre et hurle en découvrant le kidnappeur. Le père se rue sur le bougre pour lui arracher l’enfant. Mais, trop tard, les 10 minutes sont écoulées, Pete retourne dans son univers. Il n’assistera jamais à la détresse des parents. Il n’est pas témoin des conséquences de son acte. Loin de se considérer comme un ravisseur, Pete se trouve héroïque ; il a sauvé un enfant du désastre. Voilà, un paradoxe moral intéressant. De plus, le contraste entre les deux univers temporels, la survie opposée à l’abondance, met en évidence les dérives de notre société : la surconsommation et sa conséquence, le gaspillage. Mais l’auteur suit peu ces pistes. Elle préfère se concentrer sur le mystère autour de la chute et des rescapés. Hélas, cette voie conduit à une morale écologiste qui a un goût de « déjà lu ».

Malgré certains concepts originaux, « Après la chute » m’a donc un peu déçu. Il n’a pas su profiter de la force de sa forme courte. Et vu le paysage actuel, riche en constats alarmants et thrillers écologiques, son message sonne creux. Cependant, je pense que cet auteur a du potentiel pour me plaire. Du coup, je suis curieux de découvrir ses autres productions, comme son roman « L’une rêve, l’autre pas » (Prix Hugo, Prix Nebula, Grand Prix de l’imaginaire…).

Pour en savoir plus :

Bubble puceLa couverture américaine (éditions Tachyon) a été conçue par Elizabeth Story.

Bubble puceLa couverture française est de Diego Tripoldi (illustration) et Eric Holstein (conception).

Diego Tripoldi est un illustrateur et dessinateur de BD argentin qui a dessiné, entre autres,  les couvertures de « Oussama » (J’ai Lu) et « Women in Chains » (Actu SF). On reconnaît son style : flat design et couleurs éclatantes.

Eric Holstein est directeur artistique, directeur éditorial et co-fondateur du site Actu SF. Il est également écrivain (petits arrangements pour l’éternité, Mnemos, 2009), traducteurs, monteur radio …

Site de Diego Tripoldi 

Site de Eric Holstein 

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« La Voie de la colère » – tome 1: « Le Livre et l’Épée »

Antoine Rouaud raconte l’épopée captivante d’un empire déchu. Une des révélations Fantasy de cette année.

Couverture illustrée par Larry Rostant

Couverture illustrée par Larry Rostant

Dans le port de Masalia, y a des marins qui chantent les rêves qui les hantent. Et depuis la chute de l’Empire, leur mélopée s’accompagne du rire de nombreux voyageurs : esclaves affranchis, nouveaux bourgeois ou vétérans. Car la République, par sa politique libérale, a transformé ce nid à bouges en cité cosmopolite et bigarrée. Par ailleurs, on raconte qu’un ancien soldat impérial y a trouvé refuge et que, en échange de coups à boire, il vous révèle quelques récits de guerres, promesses de butins perdus. C’est lui que Viola, une jeune historienne, est venue chercher. Car il est un des derniers à avoir côtoyé l’empereur et, paraît-il, emporté un objet précieux convoité par la demoiselle : la mythique épée impériale, Éraëd. Et cette rumeur se confirme lorsqu’elle découvre que ce poivrot grisonnant n’est autre que le général Dun-Cadal, une légende de la chevalerie. Mais après l’assassinat d’un conseiller républicain, les souvenirs du vieux bougon prennent un nouveau sens et déterrent une tragédie qui mêle la petite histoire à la grande.

L’aventure éditoriale du tome 1 de « La Voie de la colère  » est remarquable. Ce premier roman a tant séduit les éditeurs étrangers qu’il sort au même moment dans différents pays d’Europe, ainsi qu’au Brésil. Un plébiscite, amplement mérité, qui lance la carrière du jeune auteur, Antoine Rouaud.

Son intrigue est un peu tissée à la manière de Shakespeare. La trame mélange savamment tragédie personnelle, qui se joue entre les personnages, et fresque historique. De fait, les relations entre les protagonistes sont épaisses, chargées autant des drames traversés que des courtes joies. C’est le cas, par exemple, de Dun-Cadal et Grenouille. Aux prémisses de la guerre, le général est laissé pour mort dans les marais des Salines. Brisé, il est pourtant sauvé par un jeune réfugié, qu’il baptise Grenouille. En échange de son aide, Dun-Cadal accepte de prendre le petiot comme apprenti. Le maître s’apparente alors à un père pour le disciple. Mais on est loin du classique amour filial ou de l’archétype du mentor, car de leur relation ambiguë sourd un drame. Le soldat est bourru, réactionnaire, distant. Dès lors, les échanges entre le « père » et le « fils » se remplissent de silences où l’on s’aime et se hait.
Outre ces liens émouvants, le récit est clairement épique. Il nous parle de révolutions, de cris de liberté, de complots politiques. Autant les personnages que les événements sont inspirants. Ils sont chargés d’un souffle héroïque, à la manière de films comme « Braveheart » ou « Gladiator », pour prendre des références modernes.

L’art de la séduction

(crédit : musée des armées)

(crédit : musée des armées)

« Le Livre et l’Épée » est surprenant à plus d’un titre. Il présente d’abord quelques retournements de situations inattendus (dont un en particulier qui remet en question une bonne partie du livre). Si j’ai cru par moments anticiper un deus-ex machina, celui-ci est parvenu malgré tout à me surprendre. De plus, comme l’histoire ne se focalise pas sur les pensées d’un seul protagoniste, la vision du lecteur est parfois chamboulée. Ensuite la narration mêle intelligemment passé et présent. Les épisodes se répondent, se font écho. Même si ce jeu perturbe parfois la lecture, cela a le mérite d’y insuffler du rythme. Enfin, tiraillés par leurs émotions, les héros sont captivants. Vu la publicité autour de l’oeuvre, je craignais une big commercial fantasy légèrement convenue, archétypale. Mais au fur et à mesure, j’ai été sincèrement ému et aspiré par cette belle histoire. Elle dévoile ses charmes crescendo et finit par séduire. « La Voie de la colère » se déclinera en trois parties. Du coup, une question s’impose :  « à quand la suite ? »

Pour en savoir plus :

Bubble puceLa couverture est illustrée par Larry Rostant. Cet artiste anglais combine graphisme et photographie pour insuffler du réalisme aux mondes imaginaires. Il a notamment illustré les couvertures anglaises de Peter V. Brett ou George Martin.

Son site

Bubble puceInterview de l’auteur sur Elbakin.net. J’apprécie l’humilité de l’auteur (et un écrivain qui cite Barjavel et Pef dans la même phrase mérite d’être lu).


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« Chansons de la Terre Mourante » volume 1

Un recueil amusant et onirique, porté par sept auteurs prestigieux, qui honore l’œuvre de Jack Vance.

Couverture illustrée par Andy Brase

Couverture illustrée par Andy Brase

« A l’autre bout du temps, un soleil rouge et obèse jette sur la Terre mourante sa lumière de fin du monde. » Désormais en deuil, la Terre Mourante n’a jamais aussi bien porté sa robe lie-de-vin. Mais, même séparée de son créateur, cette orpheline ne connaîtra jamais l’extinction de son astre souffreteux. Car le chef d’œuvre de Jack Vance a été adopté par une génération de lecteurs et d’auteurs qui lui rendent un bel hommage dans cette anthologie, dirigée par Gardner Dozois et George R. R. Martin.
Publié du vivant du Maître, ce recueil est donc né d’une volonté de remercier une idole, voire un ami. Ainsi, chaque nouvelle est chargée de la tendre affection d’un auteur pour son mentor. Elles sont accompagnées d’une postface où les écrivains racontent l’influence des romans de Vance sur leur carrière, ainsi que des anecdotes sur une amitié de longue date.

« Chansons de la Terre Mourante » est édité en deux volumes. Ce premier tome rassemble les nouvelles de 7 noms prestigieux : Robert Silverberg, Terry Dowling, Glen Cook, Byron Tetrick, Walter Jon Williams, George R. R. Martin et Jeff Vandermeer. Même si elles sont accessibles à tous, les histoires seront probablement plus savoureuses pour les initiés au cycle de la Terre Mourante. Ceux-ci seront émus de reconnaître de vieux amis, comme Cugel et Rhialto, ou encore le peuple Twk et les déodandes. Les intrigues sont captivantes. Dans certaines, j’ai retrouvé ce ton sirupeux et élégant propre à l’univers. Dans d’autres, l’humour cynique mitonné aux coups dans le dos, à la Cugel. Et à chaque fois, l’inventivité foisonnante de cette contrée magique. Robert Silverberg, par exemple, nous raconte l’histoire d’un noble châtelain, accroc à l’ivresse et la poésie, qui a tout fait et tout vu. Mais à présent, son quotidien alterne entre grands crus et déclamations mélancoliques. Mais son meilleur « jus d’octobre », le cru véritable d’Erzuine Thale, il le réserve pour la fin, lorsque le soleil bordeaux et boursouflé s’éteindra. Qui sait si son grand projet ne risque pas d’être bouleversé ? Excepté l’ennuyeuse nouvelle de Glen Cook, l’anthologie est riche en surprises et situations excitantes : mages piégés dans un tournoi burlesque, jeune baroudeur en quête de son père ou encore une improbable tablée de voyageurs réunis par le hasard dans une mystérieuse taverne.

La Terre mourante est un fantastique foyer d’histoires. L’œuvre de Jack Vance est si propice à l’imagination débridée, à la création, qu’une anthologie autour de son univers semble bien à-propos.  Ses « Chansons de la Terre Mourante » prouvent que le vieux soleil n’est décidemment pas prêt de s’éteindre.

Illustration de Tom Kidd pour l'édition de Subterranean Press

Illustration de Tom Kidd pour l’édition de Subterranean Press

Pour en savoir plus :

Bubble puceLe tome 2 est disponible et rassemble des nouvelles de Tanith Lee, Paula Volsky, Tad Williams, Lucius Shepard, Matthew Hughes, Elizabeth Moon, John C. Wright, Neil Gaiman.

Bubble puce La couverture de l’édition française (ActuSF) a été dessinée par Andy Brase. Cet artiste américain s’est illustré dans de nombreux domaines tels que les comics (Dark Horse, Marvel…) ainsi que le jeu de rôle (Wizards of the Coast…). Il est également l’auteur de couvertures de certains romans de George R. R. Martin, comme « Skin Trade » et « Dragon de glace » (parus également chez ActuSF). Ses dessins sont sombres, contrastés et essentiellement basés sur l’encrage.

Son blog

Bubble puceTom Kidd est un illustrateur américain. Son œuvre, même si résolument moderne, rappelle un peu les vieilles couvertures de Science-Fiction et Fantasy des années 30-40. En 2004, il a reçu un World Fantasy Award en tant que Meilleur Artiste. Il a illustré l’édition américaine de « Songs of Dying Earth », chez Subterranean Press.

Son site

Son blog

 


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« Coeurs de Rouille » de Justine Niogret

Première incursion de Justine Niogret dans le steampunk avec un roman épuré, un peu froid, mais pas dépourvu de saveur pour autant

Illustration de David Pairé et Myrtille Vardelle (Le Pré aux clercs)

Illustration de David Pairé et Myrtille Vardelle (Le Pré aux clercs)

Dans la cité du jeune Saxe, il n’y a ni ciel, ni saison, ni arbre, ni chant d’oiseaux. La nature est habilement singée par la mécanique. La moindre feuille est un bijou d’orfèvrerie. Mais les ingénieurs de cette grande illusion ont perdu le talent de leurs prédécesseurs. Là où les anciens confectionnaient de puissants golems, la nouvelle génération ne peut que bricoler de fragiles serviteurs pour l’aristocratie, les « agolems ». L’un de ces créateurs, Saxe, ne supporte plus cette société superficielle. Dès lors, il fuit le cœur de la cité pour les quartiers abandonnés. C’est là, qu’il rencontre Dresde. Depuis la mort de son maître, cette golem déambule dans une maison vide. Pour tromper sa solitude, elle mendie quelques réconforts dans ses habitudes d’automates. Saxe et Dresde aspirent tous deux à un ailleurs. Ce drôle de couple se met donc en quête d’une sortie, d’un possible « dehors ». Mais dans l’ombre, une aberration meurtrière, « Pue – la – Viande », les traque.

« Coeurs de rouille » est le dernier né de Justine Niogret. Ce roman, édité par Pré aux Clercs, cible les jeunes adultes, même si rien n’exclut à priori les plus âgés. Cette histoire nous plonge dans un univers steampunk qui flirte avec les utopies sociales de progrès, tel qu’a pu le proposer Bioshock dans le domaine vidéo ludique. Mais à l’inverse du jeu, « Coeurs de rouille » ne repose pas sur un monde foisonnant, exotique. Son univers est discret voire aride. L’intrigue, quant à elle, est assez simple, ce qui explique peut-être son étiquette YA (Young Adult). Mais le propos du livre n’est intentionnellement pas là. En effet, Justine Niogret construit souvent son œuvre comme une métaphore. Ici, elle nous parle de l’esclavage insoupçonné ou plutôt volontairement évacué de l’esprit. Elle remet aussi en question notre conception du progrès, que l’on associe volontiers à l’avancée technologique, au confort ou au rendement. Bref, comme dans ses précédents romans, son texte engendre un vivier de réflexions.

Une langueur monotone

Concept Art de Bioshock

Concept Art de Bioshock

Mais ce titre ne m’a pas vraiment séduit pour autant. L’univers épuré, les personnages un peu distants et la prose légèrement cryptique manquent de couleurs. Ce style d’écriture, que j’affectionne pourtant tout particulièrement, m’a semblé lourd par moments. J’ai eu donc quelques crises d’ennui lors de cette lecture.

Cependant « Coeurs de rouille » plaira probablement à d’autres. Saxe et Dresde sont deux coques brisées qui partagent une même souffrance, la solitude, la sensation de vivre dans un monde étranger. Une poésie mélancolique imprègne le texte. Un lyrisme qui, couplée au talent de l’auteur ne laisse pas totalement indifférent.

Pour en savoir plus :

L’illustration de la couverture est de David Pairé et Myrtille Vardelle, deux graphistes français qui utilisent abondamment la photographie dans leur travail.


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« Baroudeur » de Jack Vance

Un recueil inventif et coloré qui enchantera les bohémiens de l’imaginaire

Couverture illustrée par Véronique Meignaud (ActuSF)

Couverture illustrée par Véronique Meignaud (ActuSF)

« Baroudeur » porte admirablement son nom. De fait, lorsque l’on connaît l’auteur, ce titre sonne comme une évidence. Voyages et exotisme manquent rarement à l’appel chez Jack Vance. Ce recueil édité par ActuSF comprend cinq nouvelles du maître. Auparavant publiés par Pocket, ces textes ne sont donc pas inédits. Toutefois, un coup de projecteur s’avère toujours bienvenu pour des oeuvres méconnues.

Comme souvent dans les recueils, les cinq histoires ne s’équivalent pas. Même si elles sont toutes plaisantes à lire, les nouvelles « Personnes déplacées » et « Le Papillon de Lune » sortent vraiment du lot. Rien que pour ces deux trouvailles, l’ouvrage est fortement conseillé. Il est à signaler que cette édition n’a pas bénéficié des corrections de la Vance Integral Edition.

La Princesse Enchantée (« The Enchanted Princess » 1954)

Chaque jour, la clinique pour enfants Krebius projette une aventure fantastique d’Ulysse à ses petits malades. Poussé par la curiosité, un professionnel des effets spéciaux, James Aiken, insiste pour assister au spectacle. Le technicien est abasourdi. Le réalisme du court-métrage est saisissant. La magie de cette réalisation dépasse ses pauvres compétences. Intrigué, il enquête auprès du Dr. Krebius.

Jack Vance évoque les promesses du cinéma de son temps, celui des années 50. Malgré le contexte, la nouvelle est surprenante de modernité. Il nous parle de nos rêves et nos angoisses matérialisés à l’écran. Ce faisant, il montre aussi les limites du 7ème art par rapport à la littérature. « La Princesse Enchantée » révèle la puissance évocatrice des histoires et leur capacité à résonner avec notre vie intérieure.

Personnes Déplacées (« DP! » 1953)

Personne ne sait d’où ils viennent. Personne ne les comprend. Leur apparence est similaire à la nôtre excepté leur peau laiteuse et imberbe. Au début, il n’en sort que quelques uns, mais, chaque jour, leur nombre s’accroît. Au commencement, ils n’étaient que curiosités, mais rapidement ils deviennent un problème.

Cette histoire est absolument géniale ! L’auteur la raconte par l’intermédiaire de manchettes de journaux, de reportages, de discours. Ainsi, le lecteur prend le rôle du quidam qui découvre les évènements. Du coup, le récit, très immersif, interpelle. Jack Vance s’y montre très lucide. Il parle de notre manque d’empathie et de l’inefficacité de nos organes internationaux face aux tragédies humaines. Il pointe la politique de l’autruche de l’homme de la rue, celle du lecteur. Une nouvelle qui rappelle « Point Chauds » de Laurent Genefort ou le film « District 9 » de Neill Blomkamp.

Le Papillon de Lune (« The Moon Moth » 1961)

Couverture de l'éditon Dobson Science-Fiction

Couverture de l’éditon Dobson Science-Fiction

Thyssel est le nouvel attaché consulaire des Planètes Mères sur Sirène. Loin d’être prestigieuse, cette nomination est un désastre. Et pour cause, les nombreux prédécesseurs de Thyssel ont tous été massacrés pour un manquement à l’étiquette ou pour une simple faute de goût. Car sur Sirène, les règles protocolaires sont d’une complexité cauchemardesque. Les habitants ne s’adressent la parole qu’en chantant, accompagnés de l’instrument approprié à leur ton, leur position sociale et celle de leur interlocuteur. De plus, les indigènes portent tous un masque qui varie aussi selon une myriade de paramètres. Bref, apprendre à vivre sur Sirène relève du défi. Et cette difficulté devient effarante lorsque les Planètes Mères ordonnent à Thyssel d’appréhender le criminel Haxo Angmark. Comment démasquer le dangereux fugitif dans ce monde où changer d’identité revient à porter un autre masque ?

« Papillon de Lune » renoue avec la créativité exotique de Jack Vance. Mais comme à son habitude, l’auteur ne se limite pas à l’émerveillement gratuit. Toutes ses idées farfelues servent subtilement l’intrigue. Le monde de Sirène rappelle la Terre Mourante par son ton humoristique. Cependant, cette apparente légèreté couve de belles réflexions sur la personnalité et la société.

Adaptation graphique de la nouvelle par Humayoun Ibrahim

Adaptation graphique de la nouvelle par Humayoun Ibrahim

Le Bruit (« The Noise » 1952)

Projet d'animation de Veronique Meignaud "Chor'Biose"

Projet d’animation de Veronique Meignaud « Chor’Biose »

Galispell et le capitaine Hess découvrent le récit étrange d’un voyageur spatial, naufragé sur une planète déserte. A la lecture de celui-ci, ils s’interrogent : folie ou vérité ?

Ce texte est plus énigmatique. M. Vance évoque plutôt qu’il n’impose. Cela donne certes davantage de place à l’interprétation du lecteur. Mais en contrepartie, l’histoire laisse un peu indifférent.

Le Temple de Han (« The Temple of Han » 1951)

S’introduire dans le temple de Han fut d’une facilité déconcertante pour Kelly. S’emparer de l’œil de la Septième Année s’avéra une partie de plaisir. Par contre, ce voleur n’avait pas prévu les conséquences de son sacrilège. Après tout, que peut-on craindre d’une bande de fervents demeurés en robe de chambre ? La réponse s’impose brutalement lorsque la planète se transforme et que les innocents commencent à mourir.

Á défaut d’être original, « Le Temple de Han » est un petit récit divertissant. Le personnage de Kelly rappelle un peu Cugel. Tout comme l’astucieux roublard de la Terre Mourante, Kelly a le bagou et l’intelligence de son côté. Ses petites manipulations et stratégies pour sauver sa peau sont très plaisantes à suivre.

En somme, « Baroudeur » est une lecture très plaisante. Ce livre constitue une bonne entrée en matière pour découvrir Jack Vance. Jamais pesantes, les nouvelles immergent le lecteur dans des univers variés. Un recueil parfait pour les romanichels de l’imaginaire.

Pour en savoir plus :

Véronique Meignaud est l’illustratrice du recueil. Cette Artiste canadienne expérimente en mêlant mouvement et arts graphiques. Ses créations oniriques et évanescentes sont tout en fluidité et finesse. Ses magnifiques illustrations sont à découvrir sur son site !

Humayoun Ibrahim est un illustrateur new-yorkais. Son premier roman graphique, «The Moon Moth » (« Le Papillon de Lune ») est l’adaptation de la nouvelle éponyme. Un extrait


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Jack Vance « La Terre Mourante »

Jack Vance

Jack Vance

« Je suis optimiste, j’ai une attitude positive. J’essaie d’écrire de telle façon que le lecteur ne se sente pas misérable quand il a fini le livre »(1). Humble, sans prétention littéraire, Jack Vance ne vouait son talent qu’à la « simple » saveur de la lecture. Sa mort, en mai 2013, mit fin à 96 ans d’aventures, d’inventions et de plaisirs simples. Une vie bien chargée qui selon l’auteur ne méritait pas l’attention du public. « Je ne peux pas vous laisser dire que mes livres sont le reflet de ma vie, même si certains souvenirs de voyage transpirent parfois »(2). Pourtant, même s’il refusait une lecture biographique de ses oeuvres, il est évident que sa propre histoire rime avec ses créations.

Chroniqueur de Jazz, potier, marin, musicien, Jack Vance était un baroudeur de la vie. Aficionados de la débrouille, il construisit sa maison et élabora les plans de son house-boat, un projet qu’il partageait alors avec ses amis (dont Frank Herbert, l’auteur de Dune). Un Self-made man donc qui, selon sa femme, fuyait la société mondaine pour se réfugier sur son bateau en compagnie de ses proches.(3)

La littérature de Jack Vance est à l’image de l’homme, colorée, chaleureuse et incroyablement inventive. Des générations d’écrivains ont proclamés leur inspiration « vancienne » tel que Ursula K. Leguin, Moorcock et G.R.R Martin.

La Terre Mourante

Couverture dessinée par Li-An pour l'édition numérique de Spatterlight Press

Couverture dessinée par Li-An pour l’édition numérique de Spatterlight Press

Jack Vance est un demiurge littéraire spécialisé dans la création de mondes bariolés. 
La Terre Mourante en est une parfaite illustration. Imaginez un soleil cramoisi et boursoufflé qui peine à chauffer une terre à l’agonie. La faible lueur de l’astre témoigne de sa proche extinction. Durant des millénaires, des peuples ont levé des armées et érigé de riches civilisations. Certaines se sont éteintes dans l’indifférence générale. D’autres se sont construites sur leurs vestiges. Des siècles et des siècles plus tard, cette terre érodée accouche d’un patchwork bordélique de royaumes dans le déclin et de créatures improbables. Parmi elles, la guilde des magiciens, en Ascolais et Almérie, rassemble probablement les individus les plus fourbes. Vous marchez sur le pied de l’un de ses égoïstes, et vous êtes propulsé seize lieues sous terre par un sort d’« Enkystement Lointain ». Mais bon, il faut avouer que les noirs déodandes, les leucomorphes ou la murthe n’ont rien à leur envier. Tout ce petit monde souffre d’une grosse carence en empathie qui tend à pénaliser sévèrement le voyageur imprudent. Du coup, l’astuce et la ruse sont les meilleurs atouts du quidam, soucieux de son intégrité.

Les intégrales de Pygmalion illustrées par Marc Simonetti

Les intégrales de Pygmalion illustrées par Marc Simonetti

Cette Terre Mourante se visite à travers un recueil de nouvelles, « Un Monde Magique » (« The Dying Earth »), et trois romans, « Cugel l’Astucieux » (« The Eyes of the Overworld « ), « Cugel Saga » et « Rhialto le Merveilleux » (« Rhialto the Marvellous »). En 2010 et 2011, les éditions Pygmalion ont publié l’ensemble de ces oeuvres en intégrales. Pour l’occasion, Sébastien Guillot a dépoussiéré l’ancienne traduction. A noter que seule l’intégrale 2 se base sur la V.I.E., la Vance Integral Edition. Cette dernière est le résultat d’un travail colossal mené pendant 6 ans par 300 volontaires pour éditer les oeuvres de Jack Vance en version intégrale et corrigée dans le respect des intentions de l’auteur. Du coup, « Un Monde Magique » et « Cugel l’Astucieux » n’ont malheureusement pas bénéficié de cet effort.

« Un Monde Magique »

The dying earthUn monde magique est un recueil de nouvelles. Chacune d’entre elles nous invite à découvrir un personnage : Turjan de Miir, Mazirian le magicien, T’saïs, Liane le voyageur, Ulan Dhor, Guyal de Sfere. Au fur et à mesure, les histoires se croisent, tissant ainsi un fil narratif. On y découvre par exemple le récit de Turjan de Miir. Ce magicien, dans sa tentative de créer une forme de vie, cumule les expériences ratées : un être amorphe et pathétique, une créature retournée comme un gant et autres bestioles avortées… Désespéré, il est obligé de quémander l’aide du mythique Pandelume. Seul problème, celui-ci habite en Embelyon. Et où s’étend cette terre, nul ne le sait. Une autre nouvelle se penche sur Liane le voyageur, un baroudeur opportuniste. Dans son voyage, il rencontre une sorcière terrible mais magnifique. Charmé, Liane désire ardemment la séduire (disont plutôt partager sa couche). L’enchanteresse accepte de se donner à lui, à la condition qu’il lui rapporte un morceau de tapisserie volé par Chun l’inévitable. Et ça, ce n’est pas gagné. Bouffi d’orgueil, Liane fonce tête baissé, sans même se méfier des promesses de la sorcière.

Liberté est le mot clef de ce recueil, tellement l’auteur fait preuve d’une imagination débridée. M. Vance ose tout sans se poser de questions, parfois à la limite de l’absurde. « Un Monde Magique » porte donc bien son nom. Le lecteur y découvre un univers farfelu et inventif teinté d’un merveilleux pastel. Expérience très dépaysante étant donné la tendance réaliste actuelle, qui vise à se rapprocher du roman historique. Les couleurs occupent beaucoup de place dans ces nouvelles. Sur la palette du maitre s’étale de multiples teintes : le noir abyssal, l’émeraude envoûtant, le bordeau capiteux… Bref, un bouillonnements d’idées dans un style chamaré.

« Cugel l’astucieux » et « Cugel Saga »

Première édition de "The Eyes of the Overworld"

Première édition de « The Eyes of the Overworld »

Dans la lointaine Almérie, Cugel joue les monte-en-l’air pour dérober quelques objets précieux de Ioucounou, le magicien rieur. Mais ce dernier a un humour très personnel et n’apprécie guère les fouineurs. En réparation, il propulse Cugel aux confins du monde avec pour mission de lui rapporter un artefact puissant, une lentille forgée durant les Guerres de Cutz par le démon Unda-Hrada, désigné comme le Vert 16-04 dans l’Almanach de Trump. Evidemment, Ioucounou assure ses arrières. Dès lors, il inflige à Cugel la compagnie de Firx, une créature crochue qui se love dans sa poitrine. Si Cugel ne revient pas promptement avec la lentille, Firx enfoncera ses griffes plus pronfondément dans son coeur. Sans carte, sans argent, sans moyen de locomotion, Cugel doit se débrouiller pour trouver une absurde lentille et retourner à pied en Almérie. 
Dans « Cugel Saga », notre astucieux voyageur est encore victime d’une plaisanterie de Ioucounou. Du coup, un nouveau voyage rocambolesque l’attend. Mais cette fois-ci, il prévoit de rendre des comptes au magicien.

Avec les histoires du Cugel, Jack Vance assume clairement un récit humoristique. Ses voyages, découpées en petites intrigues successives, rappellent les romans picaresques. Le ton est cynique à souhait. Les dialogues, d’une exquise hypocrisie, sont truculents. Les personnages cherchent à se manipuler les uns les autres, à prendre le dessus, tout cela dans une politesse empruntée. 
Cugel est un héros foutrement charismatique. Tour à tour roublard et roublé, ni bon, ni mauvais, ce protagoniste est un pragmatique. Égoïste dans l’âme, il ne pense qu’a se sortir des ennuis. Pour cela il n’hésite pas à mener des actions franchement déloyales : frapper dans le dos, profiter des faibles, briser ses promesses… Il est doté d’une audace remarquable. Son sens de la répartie et son intelligence lui permettent de toujours tourner les choses à son seul avantage. On tombe rapidement sous le charme de ce personnage qui préfigure les antihéros modernes. De plus, il illustre parfaitement un des thèmes récurrents de la Terre Mourante : la vanité. Le prestige social, la richesse, les amis, les amours, tout s’écroulera en même temps que le soleil. Du coup, seul compte le présent, le plaisir immédiat. Cugel ne cherche pas le bonheur durable. Il veut saisir au plus vite ce que cette vie peut lui offrir. Lorsque la terre peut clamser du jour au lendemain, on se moque davantage des conséquences.

« – Lorsque le soleil s’éteindra, tous les actes, remarquables ou non, seront oubliés à jamais.

– 2 heures de remarques philosophiques ne vaudront jamais un bon rôt » (Cugel Saga)

« Rhialto Le Merveilleux »

Couverture de Li-An pour l'édition numérique de Spatterlight Press

Couverture dessinée par Li-An pour l’édition numérique de Spatterlight Press

Dans la guilde des magiciens, il est d’usage de multiplier les coups bas envers ses confrères. Hache-Moncour, par exemple, concentre ses efforts sur Rhialto pour le discréditer au sein du conclave. Du coup, emmelé dans une conspiration, le magicien merveilleux est envoyé des éons et des éons dans le passé. Il doit à présent ruser pour traverser les siècles et laver sa réputation.

Ce dernier voyage en Terre Mourante est toujours aussi baroque. D’autant plus que cette fois-ci, l’histoire se concentre sur les magiciens, à la science tout à fait improbable. Les dialogues sont tellement abscons qu’ils sont tordants, bourrés de sous-entendus et de mauvaise foi. La traitrise et la couardise règnent, mais toujours planquées derrière de grands mots. Rhialto est un magicien qui passe son temps à satisfaire sa superbe, bouffi de vanité. Typique sous le ciel cramoisi de Mr. Vance.

Les récits de Vance sont inventifs, humoristiques, exotiques et oniriques. Ils appartiennent à cette littérature qui réussit le double défi d’offir de l’évasion au lecteur, ainsi qu’une vision neuve de notre propre monde. Indémodables. 
De nombreux auteurs ont rendu hommage à ce grand écrivain dans l’anthologie « Chansons de la Terre Mourante » dirigée par Gardner Dozois et George R.R. Martin. Cette ouvrage, publié en français par ActuSF, rassemble des nouvelles de Glenn Cook, Siverberg, George R.R. Martin, Jeff Vandermeer, Neil Gaiman et bien d’autres. ActuSF a également édité un magnifique recueil de nouvelles du maître, sous le titre de « Baroudeur ».

Jack Vance

Jack Vance

Pour en savoir plus :

(1) Le Soir, 2 décembre 1998, propos recueillis par Jean-Claude Vantroyen.

Article Hommage du Soir

(2) Le Figaro, interview 1998, festival Utopia à Poitiers.

Article Hommage du figaro

(3) Interview de Juillet 2003 publiée dans la V.I.E. , Vance Integral Edition.

Extrait sur JackVance.fr

jackvance.fr  : La référence française sur l’oeuvre de Jack Vance. Tenu par un passionné, ce site rassemble témoignages, illustrations, informations et bien d’autres choses sur Jack Vance.

Li-Anillustrateur et auteur de BD, a dessiné les couvertures des éditions numériques de Spatterlight Press. Il est notamment l’auteur de la série « fantômes blancs », ainsi que de l’adaption du cycle de Tschaï de Vance. 

Marc Simonetti est un illustrateur incontournable. Il a, entre autres, magnifiquement illustré les oeuvres de Patrick Rothfuss, Terry Pratchett, China Miéville et George R.R. Martin. Magnifique !

Son blog


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« Même pas Mort » de Jean-Philippe Jaworski

Un récit celte envoûtant malgré sa première partie un peu froide

Même pas mortDernier-né de Jean-Philippe Jaworski, « Même pas Mort » est une des parutions les plus attendues des amateurs du genre. Ce roman est une autre pierre angulaire du catalogue partagé par le collectif des « Indés de l’Imaginaire ». Il s’agit du premier tome de la trilogie « Rois du Monde ». Pour rappel, Jaworski est l’auteur acclamé du recueil de nouvelles « Janua Vera » et du roman « Gagner la guerre ». Ces précédentes oeuvres prenaient place dans l’univers fictif du Vieux Royaume, et principalement dans Ciudalia, république faste, sorte de Florence gargantuesque. Changement de décor pour le petit nouveau puisque l’histoire se déroule dans l’europe celtique de l’Antiquité.

Tu raconteras 2Ainsi commence le récit de Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Un chef celte dont les yeux saluèrent plusieurs générations d’hommes. A présent, le regard du patriarche ne contemple que le crépuscule de sa vie. Cependant, sur sa langue, survit encore le goût du fer. L’écho sourd des boucliers de bronze résonne dans chacun de ses récits. Et justement, le récit qu’il s’apprête à léguer est celui de cette mystérieuse existence qui a conduit sa tribu aux confins de l’Europe. C’est sur ces terres, qu’il charge un marchand grec de transmettre son histoire. Il commence celle-ci par l’événement qui a tout bouleversé ; celui où transpercé par une lance, il se relève « même pas mort ».

Extrait "Même pas Mort"Et en effet, les mémoires de Bellovèse ne suivent pas un ordre chronologique, de la prime jeunesse aux vieux jours. Il s’agit plutôt d’un récit enchassé. Une histoire en découvre une autre, à la manière des poupées russes. Cette construction est un véritable coup de maître. Mais c’est probablement aussi une des raisons qui m’a empêché d’apprécier pleinement la première partie du roman. Car au départ, on s’attache peu à ces personnages circonspects dont on ne connait ni le passé, ni la nature des relations qu’ils entretiennent. La société celte est, en effet, très ritualisée. Du coup, au départ, ces héros sont distants. Et le ton est parfois ronflant. Mais au fur et à mesure, le brouillard se lève sur les protagonistes. Et cette tendance va crescendo jusqu’à l’apothéose où toute la lumière est faite. Si bien que l’on referme ce livre avec l’envie furieuse d’en connaitre la suite.

Jaworski, l’érudit

Page de garde par Sébastien Hayez (Les Moutons Électriques)

Page de garde par Sébastien Hayez (Les Moutons Électriques)

« Même pas Mort » se situe dans un registre plus solennel et lyrique que « Gagner la guerre ». Cependant on y retrouve la plume savante de Jaworski, aussi bien dans le style que dans ses descriptions. Dans la forme d’abord, l’écriture est toujours virtuose. Les histoires de Benvenuto le montrait déjà, le lexique de l’auteur est riche et précis. Ensuite, pour le fond, l’écrivain nous détaille une société celte authentique, beaucoup plus subtile que ce qu’en ont retenu nos vieux livres d’Histoire. On y découvre un peuple, certes guerrier, mais aux moeurs raffinés. On sent qu’une grosse documentation étaie le roman.

Bref, un livre qui charme, surtout dans sa seconde partie. Une histoire qui nous transporte sur des chemins de légende, au sein de forêts pailletées de givre. « Tu raconteras ma vie », premiers mots de « Même pas Mort » sonne comme une adresse au lecteur, en définitive, le seul garant de l’immortalité de Bellovèse.

Il faut signaler l'excellent travail mené par l'éditeur.  Hard-Cover, reliure, garde, numéros de page... Une édition très soignée.

Il faut signaler l’excellent travail mené par l’éditeur. Hard-Cover, reliure, garde, numéros de page… Une édition très soignée.

Pour en savoir plus :

– Toutes les illustrations de l’article sont l’oeuvre de Sébastien Hayez (Les Moutons Électriques). Graphiste et illustrateur, il est responsable de la conception graphique de la couverture. « Avec près de 80 couvertures de livres (Folio-SF,. Denoël, J’ai Lu, Mnémos, La Clef d’Argent, etc.) et une vingtaine de design de CDs, il se spécialise dans ces deux supports fortement standardisés, et tente de mettre en évidence le rapport tactile et sensible de ces objets imprimés. » (Source : les moutons électriques)

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