Monstres et Merveilles

« L’aube des dragons  » de Anne McCaffrey

12 Commentaires

Les éditions Pocket ont commis, à mon sens, une erreur éditoriale. Du coup, ennui mortel pour mon premier voyage sur Pern.

Mise en bouche :  Des milliers de colons humains ont trouvé refuge sur Pern, une planète très riche semblable à la Terre. Ils souhaitent y créer une société égalitaire et pastorale, et décident de laisser derrière eux toute forme de technologie. Les hommes découvrent peu à peu qu’ils ne sont pas seuls : sur Pern vivent de grands lézards qui ressemblent aux dragons des légendes et des dauphins très intelligents avec lesquels ils vivront en harmonie. Mais après des décennies de vie paisible, les Pernais devront affronter une incroyable menace venue de l’espace : les Fils. Ces filaments tombent du ciel et détruisent tout sur leur passage. (source : Pocket)

J’ai commis une grosse erreur sur ce cycle. Ne connaissant pas le cycle de Pern, je me suis laissé berné par les nouvelles intégrales de chez Pocket à la couverture classieuse. J’ai donc acheté l’intégrale 1 et commencé naturellement « l’aube des dragons », premier livre. Erreur ! Car il s’agit de l’ordre chronologique et pas de l’ordre d’écriture. En fait, « Le vol du dragon » est le premier tome écrit par Anne McCaffrey. Du coup, mon avis sur le cycle entier est faussé. Mais bon voilà, je l’ai lu, vierge de toute connaissance du monde. Et le résultat est que la fondation de Pern m’ennuie. Bon, vous me direz, il s’agit seulement de la préquelle d’une énorme saga où l’on assistera à l’évolution d’un monde fantastique sur des générations. Mais voilà, ce livre ressemble à une simple introduction. Et 500 pages de prologue, c’est trop. J’ai eu l’impression que l’auteur a pondu un récit-prétexte pour légitimer son monde, lui donner une genèse. Du coup, le texte m’a semblé gris, factuel et sans surprises.

Le plat pays

Ma première déception, c’est le manque de saveurs sur Pern. Le texte propose trop peu de descriptions à mon goût. Cela manquait de stimulus pour mon imagination. Rien n’évoque la luxuriance des paysages ou l’exotisme des créatures. Le physique des personnages n’est jamais esquissé, si ce n’est, à de très rares moments, quelques traits distinctifs. L’auteur se limite à décrire une chose comme  « belle » et pas en quoi celle-ci est belle. Il ne reste que le factuel. De ce fait, des évènements dits « tragiques » ou « éblouissants » ne le deviennent jamais à mes yeux. Et donc, je finis par me foutre un peu du destin de cette colonie. Les créatures, dragons, personnages ne sont liés à aucune sensations, couleurs, textures. Ils sont en plastiques comme des jouets avec lesquels un gosse inventerait une histoire faite de morceaux qu’il a entendu ailleurs. Par contre, énormément de dialogues. Bon, j’ai l’air de râler beaucoup. Mais franchement, les personnages passent beaucoup de temps à tergiverser. Ils se perdent constamment en conjectures et hypothèses. Ils deviennent rapidement pompants. Leurs conversations se bornent souvent à l’échange d’informations. Les émotions passent un peu à la trappe. L’essentiel tient donc dans l’intrigue. Et malheureusement, celle-ci est tissé de grosses ficelles. On sait à l’avance où l’auteur nous emmène. Elle veut donner une genèse à son monde fantastique où tous les éléments surnaturels auraient une explication scientifique. Du coup ce prologue a un objectif technique qui n’est pas très excitant.

« Les dauphins de Pern » de Rowena Morril

Mon petit poney

Mart equitLe roman approche des thématiques intéressantes : la place de l’homme dans son écosystème, le flou entre le naturel et l’artificiel. Mais ici, le propos est naïf. J’ai parfois eu l’impression de me retrouver dans l’esprit d’une fillette. Poneys, dragons et dauphins deviennent meilleurs amis de l’homme. Les animaux sont naturellement serviles, acceptant la collaboration avec l’homme. Et ça m’a toujours gavé ce cliché de l’empathie naturelle entre le « maître » et la « créature ». Le cavalier et sa docile monture qui se comprenne d’un regard humide. Comme si l’asservissement du cheval et autres animaux de bât était naturelle. De même, l’intelligence que l’on associe systématiquement au dauphin (ça n’a par ailleurs apporté à l’espèce que vies en aquarium et statut de bête de cirque). Bref, raccourcis faciles qui prennent parfois des allures de pokemon. Les nombreux personnages ont très peu d’épaisseur. On sent qu’ils sont appelés à disparaitre (excepté quelques traces comme leurs patronymes qui, j’imagine, traverseront probablement les âges à travers leurs descendances ou leurs faits héroïques). En attendant, je me suis attaché à très peu d’individus. Je les ai confondus. Je les ai oubliés. Aucun personnage, ni aucune créature de ce monde ne m’a semblé mémorable. Si jamais j’ai le courage de lire la suite un jour, j’espère que je m’emmerderais moins.

Je serais curieux de connaitre l’avis d’un lecteur de McCaffrey. J’imagine que l’on pose un regard complètement différent sur cette genèse lorsque l’on connait ce monde et ces créatures. Je suppose que certains noms y résonnent comme de lointaines légendes. Je me demande alors pourquoi Pocket a décidé de publier le cycle dans l’ordre chronologique. 

Ce billet marque ma première participation à un challenge du traqueur stellaire. J’apporte ma maigre contribution par ce petit coup de gueule sur les éditions Pocket.

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12 réflexions sur “« L’aube des dragons  » de Anne McCaffrey

  1. (je ne suis pas sûre que mon message s’affiche, si c’est un doublon j’en suis désolé !)

    La réédition par ordre chrono est un non-sens décrié par beaucoup. Elle n’a vraiment de sens que si tu as déjà tout lu et que tu veux avoir toute la collection dans de beaux écrins.

    A part ça j’ai personnellement tout lu il y a quelques années (en commençant par le vol du dragon). J’avais été totalement envoûté. Pour le défi j’ai relu « le vol du dragon » (enfin la première partie), et j’ai été déçue. J’ai trouvé que ça manquait de consistance. C’est un peu le problème de McCaffrey, c’est que ses romans sont courts, elle ne s’attarde pas sur les détails, et on a pas le temps d’entrer vraiment dans l’émotion que hop on passe à la suite. Paradoxalement, ses récits restent poétiques, épiques et touchants.

    C’est certain que commencer par l’aube des dragons te gâchent tout : en fait c’est à la fin du cycle que tu découvres en même temps que les habitants de Pern leur passé de colons. C’est alors intéressant de lire ce roman là, un peu comme un complément. Le cycle passe habilement de la fantasy à la SF, et c’est vraiment dommage que tu sois spoilé ainsi.

    Quand à la relation homme/bête, c’est sûr c’est fleur bleu, peut être encore plus dans celui là où comme tu le soulignes il manque une adaptation et un apprivoisement mutuel. J’ai pas trop accroché non plus au trip des dauphins. Après si cet aspect là me paraît moins surréaliste dans le reste du cycle, oui c’est quand même un principe qui va de soit. Si tu n’es pas sensible à cela, ç’a risque d’être compliqué.

    Peut être peux-tu découvrir McCaffrey par d’autres de ses livres ? Si tu es plus SF, il y a le recueil de nouvelles « le vaisseau qui chantait » par exemple.

    A part ça bienvenu dans la blogosphère ! Je commente par FB car c’est un problème chez les blogs wordpress, si tu peux décocher stp l’option rendant le mail obligatoire cela permet de commenter juste avec pseudo/adresse web et c’est plus sympa. Parce que là dans le coup mon blog s’affiche pas, alors je te le donne quand même ^^ : http://chezlaventurierdesreves.over-blog.com/
    (note : le mail obligatoire n’est intéressant que si tu es assaillit de spam)

    • Salut !
      (Oups ! Je ne comprends pas, j’ai désactivé la validation par mail des commentaires. Il t’a quand même détecté comme un spam. Bon faut que je réétudie ça 🙂 . Je précise que je suis un manche pour tout ce qui touche de près ou de loin à l’informatique. Mais merci pour le conseil)

      Merci beaucoup pour ton commentaire ! J’ai découvert trop tard que l’intégrale de Pocket ne correspondait pas à l’ordre de parution. Et tu confirmes ce que je pensais. Je me doutais bien que je venais de me bousiller une partie du mystère qui nimbe le monde de Pern. J’avais malgré tout envie de goûter au « vol du dragon ». Mais si ta relecture t’a déçue par son inconsistance, ça me refroidit un peu. C’est justement ce que je reproche à l’aube des dragons, un peu trop superficiel, pas assez mature. Mais ce qui pourrait en effet me plaire dans le cycle, c’est son aspect poétique. En tout cas, je ne resterais pas sur un échec 😉 . J’essayerais bien « le vaisseau qui chantait » à l’occasion. En tout cas, je suis un peu rassuré en te lisant de voir que nous partageons un peu le même avis.

  2. effectivement, c’est un peu le me type de reproches que je ferais au cycle des Doués. De la dilution, de la dilution et de la gnangnantise. Le 2 est à lire, le 3 peut se faire, le 1 pour avoir le tout début, le reste hum à oublier.

    Du coup je n’achèterais pas les intégrales de Pern, j’investirais dans les 5 romans vraiment bien du cycle.

    • Tu as eu l’honneur de boucler le challenge à ce que je vois. Mais oui, c’est ce que je retiens aussi de l’expérience. Je crois que l’intégrale 1 n’a de la valeur que pour ceux qui connaissent déjà l’univers. Si ce que je comprends bien le cycle des Doués est aussi un beau bazar chronologique.

      • non non ce n’est pas un bazar, c’est juste que je l’ai lu dans le désordre. J’avais trouvé un bouqin à la bibliothèque que j’ai lu puis j’ai compris ensuite que c’était le sixième volume des Doués. Ensuite j’ai lu le septième, pas facile à trouver, mais qui paraissait prometteur ( c’était juste une illusion ). enfin j’ai repris le cycle au début.

  3. Sin, même si maintenant tu sais que tu n’as pas commencé Pern par le bon livre, je te conseille de lire l’article que Vert a fait sur son blog, où elle explique tout bien l’ordre de lecture, et tout plein de choses sur Pern, pour que tu puisses continuer ta lecture du cycle dans le bon sens (si toute fois tu as envie de continuer). C’est par ici : http://nevertwhere.blogspot.fr/2012/08/petit-guide-de-lecture-de-la-ballade-de.html

    Et sinon, la petite photo de Martine monte à cheval m’a bien fait rire, puisque je l’ai lu il y a moins de 2 semaines au boulot 😀

    • Intéressant, merci. Vert classe quand même « l’aube des dragons » dans les incontournables. :-S J’imagine que c’est l’émotion de découvrir la genèse. Comme le dit vert à un moment, McCaffrey a quand même une tendance à la mièvrerie.
      Et alors, qu’est ce que tu en penses de Martine à cheval ? Ils montrent encore sa culotte dans les nouveaux albums ? Ou les vieux pervers sont partis ? 🙂

  4. Pingback: Bilan du challenge Anne McCaffrey « Traqueur Stellaire

  5. Je n’ai pas osé lire dans l’ordre de l’intégrale, faut dire que j’ai lu la Ballade de Pern il y a fort longtemps, adolescent, dans l’ordre précédent de publication, roman après roman. Logiquement on lit « l’aube des dragons » une fois plongé dans le cycle et mordus de McCaffrey. Donc, lire ce tome en premier lieu, je suis en effet assez sceptique. Dans Bifrost, Xavier Mauméjean plaide pour cette « nouvelle manière de redécouvrir le cycle ». Certes, mais pour la découvrir en novice, est-ce vraiment la bonne manière ? Très discutable en effet !

    • Oui, je suis d’accord avec toi. En tout cas, pour moi, cela n’a pas fonctionné.
      Et puis, je tire sur la maison d’édition mais, dans le fond, c’est un choix qui peut éventuellement se défendre. Probablement qu’il est difficile de vendre des intégrales qui ne suivent pas une progression narrative classique.

  6. Bonjour,

    Oui, j’arrive un peu tard, mais je suis tombée sur ton article en cherchant des bricoles sur internet. C’est intéressant de voir ton point de vue sur l’intégrale de Pern. J’ai presque toute la série, en diverses éditions, et je n’achèterais pas l’intégrale pour le livre qui me manque. D’ailleurs la qualité des diverses éditions laisse parfois à désirer.
    Mc Caffrey a en effet une écriture légère, qui fait qu’on lis (ou relis) ses livres quand on a pas envie de se prendre la tête, où quand on est ados… J’ai commencé la série il y a 13 ans (déjà ? oups !), par hasard, et j’ai eu la chance de tomber sur un qui m’a énormément plu (le chant du dragon). Il est certain que si j’avais commencé par un autre, tel que le dragon blanc, les renégats ou la chute des fils, je n’aurais peut-être pas tout lu, ni même jeté un oeil sur le reste. C’est le lot des grandes sagas de ce genre…

    • Désolé pour la réponse tardive.
      Merci pour ton commentaire. Si je vois le « chant du dragon » trôner chez un bouquiniste, je penserais à le mettre dans ma besace (après le passage à la caisse peut-être 😉 )

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