Monstres et Merveilles


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« La Chasse Sauvage du Colonel Rels » d’ Armand Cabasson

 Des nouvelles assez peu consistantes où la fantasy n’est ni franchement assumée, ni très originale.

Illustration de Lasth (ActuSF)

Illustration de Lasth (ActuSF)

Pour cette rentrée littéraire, les Indés de l’Imaginaire célèbre la Fantasy française au travers de trois grosses sorties : « Mordred » de Niogret, « Même pas Mort » de Jaworski et « La Chasse Sauvage du Colonel Rels » de Armand Cabasson. Autant l’amateur d’imaginaire bave très probablement d’envie à l’annonce des deux premiers titres, autant le dernier le laissera certainement perplexe. « Cabasson ? Euh.. Qui est-ce ? ». Et bien, il s’agit d’un auteur de nouvelles et de romans policiers historique ( aussi connu sous le pseudonyme de Jack Ayston). Une première incursion en Fantasy donc. Un nouvel auteur, qui semble plaire tant à ActuSF que la maison d’édition l’utilise pour lancer la rentrée du collectif. Intriguant n’est-ce pas ? D’autant plus qu’il est associé à deux des auteurs français les plus marquants de ces 4 dernières années.

« La Chasse Sauvage du Colonel Rels » est un recueil de 9 nouvelles qui mêlent Histoire et imaginaire. « 1348 », par exemple, raconte la conquête de Londres par le Roi Peste. Les rues de la capitale deviennent ainsi le théâtre burlesque du chaos et de la débauche. Une autre histoire concerne « Giacomo Mandeli », un peintre italien de la renaissance loué pour son talent à représenter le vrai. Réquisitionné par l’inquisition espagnole, il est contraint de peindre le visage du diable. Enfin, des nouvelles comme « L’héritage » et « Les chuchotements de la lune » se déroulent dans le japon belliqueux des Samouraïs au XVIème siècle. La Russie, l’Irlande, les États-Unis sont autant de destinations proposées par l’auteur.

« Peu importe le flacon .. »

Les Indés de l'Imaginaire (ActuSF, Les Moutons Électriques, Mnemos)

Les Indés de l’Imaginaire (ActuSF, Les Moutons Électriques, Mnemos)

Selon l’éditeur ActuSF, Armand Cabasson propose des nouvelles où « la fantasy se perd dans les méandres de l’Histoire… ». Or, la première chose intrigante est justement la quasi-absence de Fantasy. Non seulement les éléments surnaturels sont rares, mais en plus le lecteur hésite quant à leurs existences. Véritable minotaure ou homme défiguré ? Pouvoir divin ou simple concours de circonstances ? Cela ressemble davantage à une rencontre entre Fantastique et Histoire. Même si les étiquettes sont bien loin d’être la panacée, il faut bien avouer qu’il s’agit d’un choix étrange pour affirmer une « Fantasy française ». Mais bon, le genre d’un ouvrage importe peu pour apprécier un roman.

Cependant, l’ivresse n’est pas au rendez-vous. Les nouvelles sont peu approfondies. Elle donnent, parfois, la sensation de lire des extraits de romans inexploités. Elles se bornent à des descriptions de courtes « scènes » sans intrigue construite. Déjà, Six des neuf nouvelles accordent une place importante (voir unique) aux combats. Du coup, cette récurrence a tendance à lasser. A force, de lire des ordres de batailles et des explications de formations, l’envie est forte de refermer le livre. Ensuite, les fins sont abruptes et mal amenées. Par moments, on tourne la page et on est surpris d’y voir inscrit le mot « fin ». Et justement, le lecteur y reste, sur sa faim. Certaines conclusions ont des allures de pétards mouillés. Si ces vides sont intentionnels, pour laisser plus de place à l’imagination du lecteur par exemple, je trouve l’expérience ratée. Enfin, le recueil manque d’originalité. La Fantasy aurait certainement pu s’attaquer de manière beaucoup plus franche à l’Histoire.

Heureusement trois nouvelles sortent du lot : « Giacomo Mandeli », « Saint Basile le Victorieux » et surtout « Le minotaure de Fort Bull » (par ailleurs, assez mal illustrée par la couverture). Pour le coup, cette dernière est surprenante et haletante. Elle nous raconte le siège d’un fortin sudiste vu par son général, un type défiguré, semblable à un minotaure sur son bout de forteresse. Un suspens prenant couplé à une jolie réflexion sur l’humanité et le monstrueux. De plus, Armand Cabasson utilise de manière intelligente l’histoire des soldats noirs nordistes lors de la guerre civile américaine. J’ai beaucoup apprécié.

Mais de manière générale, le recueil ne m’a paru ni très assumé, ni très original. Ce sont des petites histoires sympathiques pour certaines, mais qui ne méritent pas, d’après moi, sa place de fer de lance dans le catalogue du collectif des Indés de l’Imaginaire. Peu importe le flacon, certes… Sauf évidemment, lorsqu’on reste désespérément sobre.

Pour en savoir plus :

L’auteur de la couverture, Lasth, est dessinateur de bande dessinée et illustrateurs de plusieurs couvertures (entre autres « Butcher Bird »). Son dessin est sombre, tout en contraste. Très belle gallerie à visiter sur son site.


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« Mordred » de Justine Niogret

Récit initiatique émouvant, la poésie de Justine Niogret livre un portrait intimiste du cycle arthurien. Sublime !

Couverture de "Mordred" aux éditions Mnémos. Conception graphique par  Isabelle Jovanovic.

Nouvelle charte graphique pour Mnémos. Conception graphique de la couverture par Isabelle Jovanovic.

Justine Niogret a du génie. Les lecteurs de « Chien du Heaume », « Mordre le Bouclier » ou « Gueule de Truie » en étaient déjà convaincus. Pour les autres, ceux dont le palpitant n’a pas encore vibré, qu’ils se jettent sur « Mordred », le dernier roman de l’auteur. Cette lecture les persuadera certainement des charmes de cette plume. « Mordred » est une version intimiste et lyrique de la légende arthurienne. Plus qu’une adaptation, il s’agit d’une vision atypique sur la tragédie passée sous silence dans le célèbre cycle.

Le chevalier Mordred, fils de Morgause, « neveu » d’Arthur, gît dans sa chambre comme une poupée brisée. Une sale blessure au dos a scellé le cercueil de sa vie. Sous les draps, il se souvient de son enfance solitaire lovée dans la tanière de sa mère, cadencée par les saisons. Une période dorée où il crapahutait sous le couvert de la forêt, ramassant baies et feuilles. Mais le destin de Mordred est déjà joué. Son passage à l’âge adulte ne se fera qu’en transformant le miel en sang, et en portant sa vie comme une accumulation de deuils. « Mordred » parle au petit enfant qui survit en nous. La vie y est dépeinte comme un passage imposé où mûrir rime avec mourir. L’enfance, c’est ce vallon de soleil, dernier refuge au creux de notre tête, à jamais vivant, à jamais mort.

« Une noirceur lumineuse »

Les illustrations de Aleksy sont pour moi les plus belles du cycle arthurien

Les illustrations de Aleksy sont pour moi les plus belles du cycle arthurien

Alors effectivement, le ton de ce roman est saturnin. Le texte lyrique aux légers accents de tragédie grecque paraîtra peut-être un peu artificiel pour certains. Or par ce style magnifique, l’auteur touche juste, comme toujours. Elle trifouille dans nos tripes, parle à l’intime. Ses paroles sont authentiques. Certains passages nous soufflent. On les note, on marque la page. On veut s’en souvenir. Son éditeur, Mnémos, la résume très justement par : « Une langue forgée aux fers des batailles et polie aux songes… Justine Niogret entraîne le lecteur dans ses mondes à la noirceur lumineuse et à l’onirisme cru.»

Tout le monde connaît Arthur , ne serait-ce que par le truchement de ses nombreuses adaptations. En effet, les versions et les théories pullulent. Morgause est-elle une sorcière, une guérisseuse, une fée ? Mordred est-il un neveu ou un fils inavouable d’Arthur ? La sagesse de Justine Niogret est de ne rien imposer. Elle tait tout ce que le lecteur est censé savoir. Par la même occasion, elle maintient le flou de la légende. Du coup, le lecteur détient une grande liberté d’interprétation. Il y a de la richesse dans ces silences. Parlons-en du silence justement ! Celui-ci est un trait récurrent chez les personnages de l’écrivain. Elle a compris que la magie existait dans les choses que l’on taisait. Cette manière pudique de raconter est émouvante. « Mordred » est un récit qui marque. Je n’avais pas ressenti ça depuis « Chien du heaume ».

Pour en savoir plus :

– « Mordred » est une des trois sorties des « Indés de l’imaginaire« , le collectif réunissant les éditions Mnémos, Les Moutons Électriques et Actu SF. Ce collectif célèbre la rentrée de la Fantasy française avec deux autres titres : « Même pas mort » de Jaworski (Les Moutons Électriques), « La chasse sauvage du Colonel Rels » de Cabasson (Actu SF).

Magazine promotionnel du collectif

– La conception graphique de la couverture est de Isabelle Jovanovic 

– Aleksi Briclot est un illustrateur français qui travaille autant dans la bande dessinée que dans le design du jeu vidéo. Son livre «Merlin» est, d’après moi, un des plus beaux recueils d’illustrations sur le cycle arthurien. (Facebook : Aleksi Briclot (An eye on I) )

Son site


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« Porcelaine » d’Estelle Faye

Un conte tendre et merveilleux dont la poésie vous laisse rêveur.

Couverture de "Porcelaine" par Amandine Labarre (Les moutons électriques)

Couverture de « Porcelaine » (Les moutons électriques)

Édité par « Les moutons électriques », « Porcelaine » est le deuxième roman d’Estelle Faye. Inspiré par la mythologie chinoise, ce conte onirique nous transporte dans l’Asie du IIIème et XVIIIème siècles. Sans aucun doute, une publication rafraichissante pour l’imaginaire français.

Niché au coeur des monts du Hunan, un petit village de potiers déclenche le courroux du Dieu du Hengsan. De fait, les habitants ont creusé trop profondément dans la montagne pour y loger leurs «fours-dragons». Et, afin d’alimenter ceux-ci, les bucherons grignotent avec déraison le territoire sacré de la divinité. Cependant, malgré l’accumulation de catastrophes, l’artisan le plus talentueux du village s’entête dans sa quête de la porcelaine parfaite. Depuis la mort de sa femme, il y consacre toute son énergie, délaissant ainsi son fils Xiao Chen. Mais le jeune garçon, entièrement dévoué à son père, subit l’ire divine. Maudit, il se voit affublé d’un faciès de tigre. Xiao va ainsi commencer une vie d’errance rythmée par les rencontres, les amours passionnels et les merveilles de la Chine.

« Pendant presque quinze siècles, rivalités et amour s’entrecroisent, tissant une histoire de passion, de tendresse et de sacrifice, sur fond de magie et de théatre. »

(Les moutons électriques, éditeur)

« Porcelaine » fait figure de source fraîche et douce dans la littérature de l’imaginaire. Portée par le style agréablement fluide d’Estelle Faye, la lecture coule sur les mots avec légèreté. En effet, la narration est au présent, comme si la conteuse nous transportait directement face aux évènements. L’onirisme ne quitte jamais le lecteur. Du coup, s’installe une atmosphère soyeuse propre aux contes. Les émotions prennent vie au travers de figures magiques.

Dans la première partie, ce type de narration entraîne parfois un désintérêt face à des personnages qui se cantonnent à des rôles de papier. Le manque de dialogues et de focalisations internes rend le récit artificiel. Mais cette impression s’avère de courte durée. Progressivement, l’histoire enivre par sa poésie et passionne par ses protagonistes qui se complexifient et nous émeuvent.

Il était une fois…

Traditional chinese painting par slightboy (deviant art)

Traditional chinese painting par slightboy (deviant art)

Imaginez une nuit étoilée. Une place de village se pare de soies pourpres et de lampions rouges qui oscillent discrètement dans la brise légère. Sur scène, un comédien virevolte et tranche l’air de ses sabres de bois. Son numéro est envoûtant. Il arbore un magnifique masque de tigre blanc. Émerveillés, des visages d’enfants s’illuminent au moindre geste de l’acrobate. Pendant un court instant, rien d’autre n’existe. Pour un soir, les héros de légende se réveillent. C’est la magie de la scène. « Porcelaine » est un éloge du pouvoir de l’imaginaire, du rêve, du spectacle. Le théâtre y agit comme un véritable exorcisme du quotidien. Ce roman nous parle de l’ancienne magie du monde. Celle qui, souillée par la modernité, survit dans l’art des acteurs et autres conteurs. L’écrivain m’a touché en évoquant la sensibilité du comédien. À travers la tendre pudeur de Xiao, elle nous raconte la peur de l’artiste de ne pas être à la hauteur des personnages qu’il incarne.

Le cadre du roman est évidemment un atout de taille. Cette histoire se déroule dans la Chine des trois royaumes et celle des empereurs Qing. Loin de tomber dans la simplicité de la carte postale, ce décor est traité avec subtilité. Bon, le but ici n’est clairement pas de tracer un portrait politique ou historique. Mais, il est agréable de sentir un souci de crédibilité de l’univers. Par exemple, le récit aborde les relations entre Mongols et Hans ou l’influence de l’occident sur Pékin. La mythologie chinoise imprègne le fil narratif et le bestiaire. La rencontre avec un univers différent est très agréable (même si occidentalisé, il s’agit d’un roman français.) Le lecteur prend ainsi une bouffée d’exotisme. Trop rares sont les romans de fantasy qui s’éloignent du vivier légendaire européen et s’alimentent des saveurs de l’Asie.

La Légende du Tigre et de La Tisseuse est une magnifique métaphore sur la vie : l’emprise du temps, la magie de l’existence, l’abnégation dans le couple… La poésie de certains passages laisse rêveur. Le récit se poursuit crescendo jusqu’à une superbe conclusion à la hauteur des attentes du lecteur.

Illustration de "Porcelaine" par Amandine Labarre (les moutons électriques)

Illustration de « Porcelaine » par Amandine Labarre (les moutons électriques)

Pour en savoir plus :

La superbe couverture digne des estampes chinoises est l’oeuvre de Amandine Labarre. Vous pouvez découvrir son travail sur son site ou son blog 

Interview de Estelle Faye sur Elbakin

Site de l’éditeur, les moutons électriques

 


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« Martyrs » T.1 de Olivier Peru

Une fresque épique, de solides personnages, un parfum de légende.

Couverture de "Martyrs" illustré par Olivier Peru chez "J'ai lu". Publié en semi-poche.

Couverture de « Martyrs » illustré par Olivier Peru chez « J’ai lu ». Publié en semi-poche.

Au royaume de Palerkan, Helbrand et Irmine Lancefall, frères assassins, sont condamnés à vivre dans l’ombre. En effet, leurs yeux dorés trahissent leur ascendance Arserker, une race éteinte de fabuleux guerriers. On raconte que ces berserkers dominaient autrefois les champs de bataille. Certains ajoutent qu’ils étaient dotés de pouvoirs fantastiques. Bref, de vrai bêtes de guerres dont les histoires terrorisent encore les enfants. Mais les frères Lancefall n’ont que rarement croisé l’un de ces monstres. Le plus jeune, Irmine, ne croit d’ailleurs guère à toutes ces fariboles. Cependant, un mystérieux borgne les mènera, bien malgré eux, sur une route parsemée d’énigmes tirées de ce sanglant passé. « Et tandis que la guerre menace d’embraser le monde, que les puissants tissent de noires alliances. Ils vont devoir choisir un camp. Leur martyre ne fait que commencer… » (J’ai lu)

Après « Druide« , Olivier Peru, illustrateur et scénariste, se lance dans un cycle de fantasy épique franchement assumé avec « Martyrs« . On y retrouve son goût du mystère et une brochette de héros bien charpentés. La prose de « Martyrs » empreinte à l’art des conteurs. Car son talent n’est pas tant de surprendre que de captiver. Chacun de ses personnages jouit d’une aura charismatique : le père carnage, le gros roi Karmalys, le fascinant Huparn Caval. Ils portent tous leurs secrets, leurs histoires personnelles. Pour certains, l’auteur prend soin de nous partager leur passé, leurs pensées et leurs peurs. Pour d’autres, ils deviennent une énigme que le lecteur a hâte de résoudre. Ainsi, un royaume se construit, à travers le regard des hommes qui le façonnent. Cela augure une fresque colorée pleine de potentiel.

Seul souci, une sensation de longueur. En effet, le narrateur prend sont temps pour planter proprement chaque scène. Du coup, le récit est très clair, mais par moments un peu statique. J’aurais apprécié que les événements se bousculent davantage. Et puis, je dois bien avouer qu’une romance entre certains personnages m’a un peu lassé. Outre ces détails, l’histoire est rythmé par des surprises et découvertes. Les mystères autour de la race mythique des Arserkers, du borgne et de ses cartes de tarots jouent pour beaucoup dans l’attrait du roman. Du coup, on pardonne facilement le côté un peu pesant.

Palerkan, un monde séduisant

Le roi Karmalys par Olivier Peru. Sur son blog, l'auteur lance l'idée d'un artbook centré sur "Martyrs"

Le roi Karmalys par Olivier Peru. Sur son blog, l’auteur lance l’idée d’un artbook centré sur « Martyrs ». Oh oui !

Cet univers d’assassins, d’intrigants ou de rebelles évolue sur une terre récemment unifiée sous la bannière du corbeau couronné, le Reycorax. Le roi Karmalys, héritier de cette ascendance, lutte pour pacifier le monde connu et sortir ainsi de l’ombre de ses illustres ancêtres. Stratège impitoyable, il veille à empoisonner les relations dans les cités nordiques. De même, il étouffe dans l’oeuf la soif de liberté des insulaires. Seule la cité d’Alerssen, joyau culturel et commercial, s’est ménagée une relative indépendance dans la gestion de ses affaires. Quant au peuple, il est séduit de plus en plus par l’Écriture, une religion louant un dieu unique : le Roi Silence. « Un guerrier entaillé de cicatrices et de mille rides de chagrin dont le retour prochain est annoncé ». Dans sa sombre Bible, ce culte a prophétisé nombre d’événements tragiques, entre autres la « Marche des spectres ». De fait, les habitants sont désormais forcés de composer avec des revenants qui déambulent dans les ruelles.

Olivier Peru dote son monde d’une bonne personnalité, mélange de moyen-âge et de renaissance, de christianisme et de paganisme. L’auteur crée une véritable impression d’historicité. La terre de Palerkan existe et séduit, sans artifices. Même les contrées à peine décrites donnent envie de dévorer la suite : que ce soit les coutumes claniques des insulaires, les intrigues des forêts suspendues et surtout les mystérieux Arserkers. Écrire une série épique s’avère un exercice exigeant. Non seulement la création doit être tangible, ce qui demande des capacités didactiques. Mais en plus elle doit maintenir l’intérêt sur la durée. Et l’écrivain s’en sort plutôt bien.

Il est à signaler que le livre est magnifiquement illustré par l’auteur lui-même. Au détour d’un chapitre, on croise des vitraux et des cartes de tarots représentés avec beaucoup de style. Les mythes et légendes du roman y prennent vie. Très agréable !

Vitrail par Olivier Peru. Les illustrations du roman sont en noir et blanc.

Vitrail par Olivier Peru. Les illustrations du roman sont en noir et blanc.

Pour en savoir plus :

– Elbakin a réalisé une très bonne interview de l’écrivain. A lire !

Interview

– Blog de l’auteur où il présente, entre autres, certaines de ses illustrations. Il évoque aussi la possible adaptation de « Martyrs » en série télé.

Blog d’Olivier Peru

– La maison d’édition « J’ai lu » propose de très longs extraits du roman sur son site. Une bonne initiative, trop rare dans les communications autour des romans.

Martyrs chez « J’ai lu »


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« Servir Froid » de Joe Abercrombie

Des personnages cyniques et cruels dans une folle histoire de vengeance. Servir froid et tenir éloigné des enfants, risque d’explosion.


Servir Froid cover« Servir Froid » (titre original : « Best Served Cold ») est la dernière parution française de Joe Abercrombie. Sa précédente œuvre, la trilogie « La Première Loi », avait démontré le talent de l’auteur par sa fraîcheur et son ton cynique (Blind Ferret édite par ailleurs une adaptation en comics). Le public dans la poche, à juste titre, Abercrombie appartient désormais à cette nouvelle génération d’écrivains dans la littérature de l’imaginaire. Le lecteur qui aurait passé son chemin sur ces trois livres risque de rater une multitude de clins d’œils et références. Mais bon, aucun prérequis n’est réellement nécessaire pour la compréhension, cela pimente simplement la découverte.

Ce nouveau récit garde le même ton grinçant, mais se déroule dans une autre région de l’univers créé par le romancier. Un territoire qui rappelle furieusement l’Italie de la Renaissance : la Styrie, un continent pourpre, à l’image de la robe de son vin et de sa terre gorgée de sang. Depuis des décennies, ses cités-états se massacrent, s’allient et se trahissent pour grappiller richesses et suprématie politique. Dans ce jeu de complots et de stratégies militaires, la compagnie mercenaire des milles épées est l’atout indispensable pour tous prétendants à la couronne de Styrie. A leur tête, Monza Murcatto, la bouchère de Caprile, une bretteuse impitoyable (car « pitié et lâcheté sont une même chose ») qui se bat pour le plus offrant. En l’occurrence, elle s’est choisie, comme nouvel employeur, le Duc Orso.
Après le pillage de Musselia et le massacre de Caprile, Monza et son frère se rendent auprès du Duc pour lui annoncer une nouvelle victoire. Mais ce dernier n’apprécie guère la popularité croissante de son chef militaire. De fait, Monza est devenue la coqueluche de son peuple. Et cela s’avère plutôt effrayant dans un monde où les fessiers n’ont pas le temps d’user les trônes. La fière Murcatto est alors tabassée, poignardée et balancée du haut d’une montagne. Rien que ça. Mais, par miracle, le corps mutilé de Monza survit à cette trahison. A jamais handicapée, la Bouchère de Caprile ne jure désormais que par la vengeance. Elle vivra, et cela uniquement pour savourer l’agonie des sept salopards qui ont brisé sa vie.

Gollancz et Bragelonne ont réalisé un travail magnifique sur la couverture (hard-cover). La carte de Styrie a été dessinée par Dave Senior.

Cette vengeance parlera beaucoup aux amoureux des films de Tarantino. En effet, outre sa thématique, « Servir Froid » partage quelques points communs avec « Kill Bill », « Reservoir Dogs » ou « Django Unchained ». D’abord, parce qu’il s’agit d’un roman quasi cinématographique, avec une faculté d’animation assez incroyable. Ensuite, parce que le récit emprunte énormément aux cinéma de série B : western, films de cape et d’épée, guerre et action. Sans oublier, bien sûr, une tendre affection pour les enfoirés, les brutes, les putes et les meurtriers.

Une narration cinématographique

Abercrombie a l’art d’insuffler de la vie dans sa narration. Non seulement, ses dialogues coulent sans fausses notes, avec naturel. Mais en plus, il utilise une multitude de petites astuces stylistiques pour animer une scène. Par exemple, il insère parfois des sortes de didascalies au sein même de tirades. Elles glissent un petit commentaire cynique ou une description de l’action simultanée.

Extrait de "Servir froid"

Couverture, réalisée par Raymond Swanland, de l'édition limitée chez Subterranean Press.

Couverture, réalisée par Raymond Swanland, de l’édition limitée chez Subterranean Press.

De cette façon, le lecteur visualise facilement l’action. (Le pop-corn et le soda ne sont pas inclus malheureusement). Un autre élément qui colorent la narration : la polyphonie. C’est-à-dire que chaque protagoniste s’exprime à sa manière, avec ses propres tics. Impossible de les confondre. Du coup, il suffit que les personnages s’invectivent autour d’une table pour prendre son pied. Lorsque Nicomo Cosca, beau-parleur et soûlard, rencontre Cordial, un meurtrier quasi-autiste obsédé par les chiffres ; cela garantit une bonne partie de plaisir.

De fait, l’humour est omniprésent chez Abercrombie. Désabusés, les héros sont bouffis de cynisme. Ils se balancent des vannes à tour de bras, un sourire narquois sur le coin de la lippe, avant de cracher par terre. On tombe ainsi sous le charme de certaines répliques cinglantes ou punch lines dignes des meilleurs nanars, du genre: « Malgré les beaux arbres et les grands bâtiments, les rues ne sont jamais complètes sans une couche de cadavres, n’est-il pas ? » ou un affectueux « je pourrais presque jurer que t’es pas la sale putain que tu prétends être ».
A d’autres moments, les évènements improbables s’enchaînent jusqu’au burlesque. Ainsi, on assiste parfois à un tableau délirant tellement la violence gratuite et les infortunes atteignent le paroxysme.
Et pourtant, entre deux blagues légères, Abercrombie surprend par sa caricature violente et cruelle de l’homme. Une seconde, le héros parvient à nous tirer un sourire avec une goguenardise bien placée, la suivante, on vibre face à une souffrance atroce qui n’épargne rien. L’auteur confirme son style impertinent et cru.

Hommage aux « mauvais genres »

Illustration de Raymond Swanland pour l'édition de Subterranean Press

Illustration de Raymond Swanland pour l’édition de Subterranean Press

Mais cette violence est sublimée, esthétisée au possible. Si bien que le roman ne s’inscrit guère dans le gore ou le macabre mais bien dans la tradition des « mauvais genres ». Dans sa quête de vengeance, Monza rassemble une belle équipe de salopards : empoisonneur perfide, ancien bagnard, guerrier nordique repentant, mère de famille espionne et bourreau etc.. Par leurs caractéristiques, ils portent l’esthétique vénéneuse des pulps sans pour autant tomber dans une simplicité à deux dimensions digne des romans de gare. Il s’agit à la fois d’un hommage aux héros archétypaux bad-ass (ceux qui ne se retournent pas lors d’une explosion) et d’un détournement de ces mêmes codes pour créer la surprise. En fait, on se prend rarement au sérieux chez Abercrombie. On y rit de la vanité des rois, des drapeaux et des charges héroïques. Ce monde n’est que le jouet de puissances plus grandes. Tandis que les misérables enfoirés pataugent dans une inéluctable destinée merdique et sanglante. Alors autant en rire, et se foutre sur la gueule joyeusement.

Du coup, on ne peut que se jeter sur les opus suivants « The Heroes » et « Red Country » (en V.O. pour le moment mais une version française est prévue).

Illustrations

Dider Graffet
Didier Graffet a participé au design de la couverture de l’édition de Gollancz (Royaume-uni). Couverture reprise, pour la joie de tous, par Bragelonne. Graffet est l’illustrateur français de Cook, Gemmel et dernièrement Pevel. Il travaille autour du thème « mondes et voyages ». Son oeuvre ne se limite pas à la fantasy classique. Il illustre autant l’univers de Jules Vernes que celui d’Arthur.

www.didiergraffet.com

www.mondesetvoyages.com

Raymond Swanland

L’illustrateur californien est l’auteur de la couverture de l’édition limité chez Subterranean Press. L’artiste a illustré la compagnie noire, Star Wars… Il a participé au design de l’univers de World of Warcraft, d’Oddworld et de Magic : The Gathering.

www.raymondswanland.com


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« Haut-Royaume » – Tome 1 : « Le Chevalier » de Pierre Pevel

Un roman captivant malgré un style peu coloré et des personnages parfois légers

Couverture du premier tome de "Haut-Royaume

Couverture du premier tome de « Haut-Royaume »

Mise en bouche : Lorn Askàrian est un des plus loyaux chevaliers du Haut-Royaume. Promis à la fille du duc de Sarme et Vallence, ami du prince, Lorn est voué à un avenir brillant. Mais la roue tourne et écrase aisément la moindre des certitudes. Accusé de haute trahison envers la couronne, le chevalier est mis aux fers dans les cachots de Dalroth, l’île forteresse. Cette prison est un reliquat de guerres anciennes contre les armées du dragon d’Ombre et d’Oubli. Pour cette raison, elle est hantée par l’Obscure : une sombre force qui insuffle des terreurs et des obsessions malsaines, au point de pousser les hommes dans les gouffres de la folie. Rare y sont les survivants. Et pourtant, trois ans plus tard, le Haut-Roi envoie un ordre de libération. Lorn Askariàn est gracié et mystérieusement rappelé à ses côtés. Mais cet homme brisé n’est plus que l’ombre du jeune chevalier de jadis. On raconte qu’il serait à jamais corrompu par le pouvoir de l’Obscure.

Avec „Haut-Royaume”, Pierre Pevel s’inscrit clairement dans la tradition des grandes suites romanesques. Cette tradition consiste en une série de romans qui conte l’histoire d’un univers, d’un royaume, d’une famille, parfois sur plusieurs générations. Pas neuf comme concept, vous me direz. En effet, j’ajouterais même qu’il s’agit d’une véritable institution en fantasy : „l’assassin royal”, „le disque-monde”, „les chroniques de Krondor” ou encore „le trône de fer”. Cependant, l’inspiration du „Haut-royaume” puise davantage dans les grandes sagas historiques telles que l’oeuvre de Maurice Druon „Les rois maudits” ou plus récemment „les piliers de la terre” de Ken Follet. L’intention est donc de proposer un royaume à la magie discrète qui foisonne d’intrigues politiques, de clans et de personnages. Un point commun qu’il partage avec la série de G.R.R Martin. Lorsque l’on évoque les grandes sagas, force est d’admettre que les romans anglo-saxons ont tendance à dominer. Pour cette raison, je trouve cette initiative de Bragelonne et de Pierre Pevel assez audacieuse. D’autant plus, que „Haut-royaume” n’est pas une copie française du „Trône de fer« . Le roman propose une dynamique bien différente.

Beltenebros

Le Chevalier” se concentre sur l’histoire de Lorn Askariàn, paladin maudit marqué par le pouvoir de l’Obscure. Entre anti-héros et héros, il s’insère dans la lignée des protagonistes taciturnes. Lorn parait, au premier abord, comme le héros romantique, torturé entre l’appel de l’ombre et sa loyauté au Haut-Royaume. Dans la première moitié du livre, cette force qui le ronge laisse un goût fade de déjà-vu, d’archétype. Son silence et ses crises de violences ne le rendent pas si menaçant mais simplement plus opaque. Par la suite, j’admets que sa morale se complexifie et surprend le lecteur. Mais, je n’ai pas eu assez d’éléments pour ressentir l’humanité du héros ou de l’empathie pour lui. Et pourtant, le chevalier est le personnage le plus développé du roman. Beaucoup de rôles secondaires m’ont rapidement séduit comme Vahrd, le forgeron royal réprouvé ou encore sa fille Naé, révolutionnaire idéaliste, voire Dwain le colossal galérien roux au passé trouble… Malheureusement, on ne s’y attarde pas assez. De fait, l’auteur s’appesantit peu sur les histoires personnelles, les ressentis, les vécus. Les dialogues ou pensées servent essentiellement l’aspect factuel du récit. En agissant ainsi, je pense que Pierre Pevel a voulu protéger son intrigue. Le lecteur, ignorant la nature des personnages, ne comprend pas tous les tenants et aboutissants. Ainsi, l’effet de surprise des révélations et retournements de situation restent intactes. En fait, on sent que Pierre Pevel nous cache le véritable héros de l’histoire : le Haut-Royaume. Malheureusement, les informations concernant cette contrée sont tellement distillées que j’ai été frustré par la mythologie trop peu consistante. Peut-être, est-ce l’intention de départ, de créer une série au long cours, qui provoque cet effet. Du coup, je suis certain que Pevel garde jalousement tout son background encyclopédique pour mieux nous tenir en haleine au cours de sa „beaucouplogie”.

Malgré ces manques, j’ai apprécié ma lecture. La trame du récit constitue l’atout de ce premier tome. La curiosité du lecteur est ménagée avec intelligence. Plus le récit avance, plus on est captivé par le destin du haut-royaume. Si bien que la fin du roman nous abandonne impatient et avide d’un second tome. Certaines scènes entretiennent un suspens haletant : chasse à l’homme, bastion pris d’assaut, intrigues politiques, trahisons… Pevel a l’art de nous piéger dans ses filets. Petite bémol, je trouve que la forme manque légèrement de couleurs ou de lyrisme. Celle-ci sert le fond de l’histoire et se permet trop rarement de digressions philosophiques ou esthétiques.

Même si j’insiste sur les manques, j’ai dévoré le roman et je lirais sa suite sans hésitation.

Bragelonne a mis le paquet dans sa campagne de communication autour du roman. Bannières, annonces sur les réseaux sociaux, fête de lancement... On ne lésine jamais sur les moyens chez Bragelonne

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Illustrations et liens :

Didier Graffet : Didier Graffet est un illustrateur français qui travaille autour du thème « mondes et voyages ». Son oeuvre ne se limite pas à la fantasy classique. Il illustre autant l’univers de Jules Vernes que celui d’Arthur.

Son site

Interview de Pierre Pevel chez Bragelonne

 Interview de Pierre Pevel


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« Gueule de truie » de Justine Niogret

Le côté trop énigmatique de „Gueule de truie” étouffe par moments le plaisir de lecture. Mais, cela n’entache pas pour autant le talent certain de Justine Niogret.

Gueule de truie

Couverture des éditions Critic

Mise en bouche : L’Apocalypse a eu lieu. Pour les Pères de l’Église, elle a été causée par Dieu lui-même. Comme la Terre est morte, ils n’ont plus qu’un seul but : détruire le peu qui reste, afin de tourner une bonne fois pour toutes la page de l’humanité. À leur service, Gueule de Truie, inquisiteur. Dès le plus jeune âge, on lui a enseigné toutes les façons de prendre la vie. Caché derrière le masque qui lui vaut son nom, il trouve les poches de résistance et les extermine les unes après les autres. Un jour, pourtant, il croise la route d’une fille qui porte une boîte étrange, pleine de… pleine de quoi, d’abord ? Et pourquoi parle-t-elle si peu ? Où va-t-elle, et pourquoi prend-elle le risque de parcourir ce monde ravagé ? En lui faisant subir la question, Gueule de Truie finit par se demander si elle n’est pas liée à son propre destin, et si son rôle à lui, sa véritable mission, n’est pas de l’aider à atteindre l’objectif qu’elle s’est fixé, et peut-être même d’apprendre à vivre. (Source : éditions Critic)

Justine Niogret est une artiste talentueuse qui dépeint avec beaucoup de justesse les tripes de ses protagonistes. De fait, son „Chien du heaume” m’a laissé une trace si indélébile que je me suis précipité sur „Gueule de truie”, son dernier rejeton. Cependant, je ressors de ma lecture légèrement mi-figue, mi-raisin. Il s’agit, certes, d’un roman avec une véritable identité, un style propre. Mais, au fil des pages, la narration devient trop nébuleuse. Le récit passe d’une trame classique à des prétentions plus métaphoriques. Et j’avoue avoir décroché face à cette énigmaticité croissante.

Loin de moi l’idée de faire l’apologie des histoires „pop-corn”’ qui se limitent au sens littéral des aventures d’un protagoniste (et puis, entre nous, aucun livre n’est réellement aussi simpliste). Au contraire, j’adore pousser ma réflexion autour d’un roman et y dégager des leçons de vie ou une philosophie. La littérature de l’imaginaire permet justement cela, en offrant une mise à distance de notre réalité, grâce à son émancipation du réel. Mais dans „Gueule de truie”, et surtout à la fin du roman, j’ai un peu souffert du manque de prises auxquelles le lecteur aurait pu s’accrocher. L’auteur offre peu de clefs de lecture simples. Si bien qu’à la fin, on est perdu. Le roman est donc très riche et génial par moments ; mais, pour les mêmes raisons, il s’avère parfois incompréhensible.

Hors des sentiers battus

Un japon post-apocalyptique vu par l'artiste Tokyo Genso

Un japon post-apocalyptique vu par l’artiste Tokyo Genso

Outre ce bémol, Justine Niogret confirme son habileté. Elle nous transmet beaucoup avec une économie de mots. Son histoire tient lieu dans un monde post-apocalyptique brut et sale, comme celui de Cormac McCarthy dans „The Road”. Gueule de truie, inquisiteur dans une communauté, est convaincu que le monde est mort depuis „le Flache”, car tel est l’ambition du créateur. Suivant ainsi les consignes de ses pères, il poursuit l’oeuvre du divin en exterminant les survivants. Mais, une nuit, il rencontre une jeune fille différente, qui semble détenir une vérité supérieure … dans une boite métallique. Elle survit apparemment pour d’autres raisons que par peur de mourir. Et dès lors, la curiosité de Gueule de truie se transforme en véritable révélation. Il remet en question toute son éducation et ses principes pour rechercher cette parcelle de sacré que tout le monde semble avoir oubliée. Un sacré qui n’est jamais asceptisé ou naïvement dépeint. Une transcendance qui mêle mort et pulsions de vie : „l’amour des crocodiles”.

Le personnage de Gueule de truie est tout à fait atypique. Ici, pas de héros moralisateurs, pétris de bonnes intentions ou d’éthique a deux balles. L’auteur aime décidemment les gueules cassées, les abimés de la vie … Plus exactement, ceux qui osent affronter à la lumière crue leur bête intérieure et la réalite de l’existence. Gueule de truie exècre la masse grouillante du peuple appeurée par la mort ou la solitude. Pour lui, c’est là que se situe le véritable avilissement de l’individu : la fuite dans les plaisirs fugaces aux dépends du sacré. Aveuglement et laisser-aller. Cela ne rappelle-t-il pas furieusement notre monde où la populace se complaît dans l’achat compulsif ou la télé-réalité décérébrée ?

Illustrations :

Tokyo Genso est un artiste japonais remarquable. Ses créations laissent entrevoir un japon post-apocalyptique, où la nature reprend souvent ses droits. Ses oeuvres me rappellent certaines ambiances propre aux studios Ghibli. A visiter !

Deviantart

Son blog (japonais)

Ronan Toulhoat est un dessinateur français du Studio Creart. Il a conçu la couverture de « Gueule de Truie » aux éditions Critic .

Studio Creart