Monstres et Merveilles

« Mordred » de Justine Niogret

3 Commentaires

Récit initiatique émouvant, la poésie de Justine Niogret livre un portrait intimiste du cycle arthurien. Sublime !

Couverture de "Mordred" aux éditions Mnémos. Conception graphique par  Isabelle Jovanovic.

Nouvelle charte graphique pour Mnémos. Conception graphique de la couverture par Isabelle Jovanovic.

Justine Niogret a du génie. Les lecteurs de « Chien du Heaume », « Mordre le Bouclier » ou « Gueule de Truie » en étaient déjà convaincus. Pour les autres, ceux dont le palpitant n’a pas encore vibré, qu’ils se jettent sur « Mordred », le dernier roman de l’auteur. Cette lecture les persuadera certainement des charmes de cette plume. « Mordred » est une version intimiste et lyrique de la légende arthurienne. Plus qu’une adaptation, il s’agit d’une vision atypique sur la tragédie passée sous silence dans le célèbre cycle.

Le chevalier Mordred, fils de Morgause, « neveu » d’Arthur, gît dans sa chambre comme une poupée brisée. Une sale blessure au dos a scellé le cercueil de sa vie. Sous les draps, il se souvient de son enfance solitaire lovée dans la tanière de sa mère, cadencée par les saisons. Une période dorée où il crapahutait sous le couvert de la forêt, ramassant baies et feuilles. Mais le destin de Mordred est déjà joué. Son passage à l’âge adulte ne se fera qu’en transformant le miel en sang, et en portant sa vie comme une accumulation de deuils. « Mordred » parle au petit enfant qui survit en nous. La vie y est dépeinte comme un passage imposé où mûrir rime avec mourir. L’enfance, c’est ce vallon de soleil, dernier refuge au creux de notre tête, à jamais vivant, à jamais mort.

« Une noirceur lumineuse »

Les illustrations de Aleksy sont pour moi les plus belles du cycle arthurien

Les illustrations de Aleksy sont pour moi les plus belles du cycle arthurien

Alors effectivement, le ton de ce roman est saturnin. Le texte lyrique aux légers accents de tragédie grecque paraîtra peut-être un peu artificiel pour certains. Or par ce style magnifique, l’auteur touche juste, comme toujours. Elle trifouille dans nos tripes, parle à l’intime. Ses paroles sont authentiques. Certains passages nous soufflent. On les note, on marque la page. On veut s’en souvenir. Son éditeur, Mnémos, la résume très justement par : « Une langue forgée aux fers des batailles et polie aux songes… Justine Niogret entraîne le lecteur dans ses mondes à la noirceur lumineuse et à l’onirisme cru.»

Tout le monde connaît Arthur , ne serait-ce que par le truchement de ses nombreuses adaptations. En effet, les versions et les théories pullulent. Morgause est-elle une sorcière, une guérisseuse, une fée ? Mordred est-il un neveu ou un fils inavouable d’Arthur ? La sagesse de Justine Niogret est de ne rien imposer. Elle tait tout ce que le lecteur est censé savoir. Par la même occasion, elle maintient le flou de la légende. Du coup, le lecteur détient une grande liberté d’interprétation. Il y a de la richesse dans ces silences. Parlons-en du silence justement ! Celui-ci est un trait récurrent chez les personnages de l’écrivain. Elle a compris que la magie existait dans les choses que l’on taisait. Cette manière pudique de raconter est émouvante. « Mordred » est un récit qui marque. Je n’avais pas ressenti ça depuis « Chien du heaume ».

Pour en savoir plus :

– « Mordred » est une des trois sorties des « Indés de l’imaginaire« , le collectif réunissant les éditions Mnémos, Les Moutons Électriques et Actu SF. Ce collectif célèbre la rentrée de la Fantasy française avec deux autres titres : « Même pas mort » de Jaworski (Les Moutons Électriques), « La chasse sauvage du Colonel Rels » de Cabasson (Actu SF).

Magazine promotionnel du collectif

– La conception graphique de la couverture est de Isabelle Jovanovic 

– Aleksi Briclot est un illustrateur français qui travaille autant dans la bande dessinée que dans le design du jeu vidéo. Son livre «Merlin» est, d’après moi, un des plus beaux recueils d’illustrations sur le cycle arthurien. (Facebook : Aleksi Briclot (An eye on I) )

Son site

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3 réflexions sur “« Mordred » de Justine Niogret

  1. Merci de me confirmer que je ferais bien de l’acheter celui-là (mais bon la rentrée des Indés elle fait pas du bien au portefeuille xD)

    • Si tu as aimé les autres romans de Justine Niogret, fonces ! Et pour l’argent, ça sert quand même à ça, subvenir à l’essentiel. :-p
      « Quand j’ai un peu d’argent je m’achète des livres et s’il m’en reste, j’achète de la nourriture et des vêtements » Erasme

  2. Pingback: Mordred – Justine Niogret | Les Lectures de Xapur

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