Monstres et Merveilles

« Points Chauds » de Laurent Genefort

2 Commentaires

« Points chauds » produit des effets inattendus. Livre politique, philosophique, éthique autant que divertissant. Encore une preuve que la littérature dite « de genre » va bien au-delà de son appellation. 

Mise en bouche :

Septembre 2019.

Deux Bouches s’ouvrent.

L’une, au-dessus du Pacifique. L’autre, au large du Golfe du Bengale. Ce qui en tombe se noie dans l’océan… Reste la réalité imposée par l’événement : nous ne sommes plus seuls ! D’autant que bientôt une troisième Bouche se matérialise sur la terre ferme, et les aliens débarquent sur Terre. C’est l’effervescence, la mobilisation mondiale, l’exultation… les vagues de suicides, aussi. Et bientôt une quatrième Bouche, puis une cinquième, puis dix, cent, mille Bouches qui partout apparaissent, livrant passage à des kyrielles d’extraterrestres de races, de mœurs et d’aptitudes diverses. (source : Belial)

Ce livre est un véritable « page-turner ». Il est en effet impossible de s’arrêter avant le fatidique point final. Un conseil : évitez de le commencer le soir avant de dormir. Le rythme est assurément très efficace grâce à des chapitres courts et dynamiques. Le style est aussi original par la multiplicité de points de vue qu’il offre. De fait, c’est un récit à plusieurs voix où chaque histoire utilise son propre mode de narration. Le plaisir se renouvelle donc constamment. L’écriture n’est absolument pas linéaire. Chaque chapitre provoque la satisfaction d’en savoir un peu plus sur un des personnages. Enfin du moins sur ce qui leur arrive. Car c’est cela l’essentiel, les transformations qui s’opèrent en eux, leurs réactions face à ce truc bigrement extraordinaire qui bouleverse leur univers.

L’identité des indiscernables

Laurent Genefort nous pousse dans une réflexion vraiment surprenante. On y médite sur la nature même de la différence. D’où vient cette idée d’ « étranger » ? A quel point peut-on comprendre l’autre ? Est-ce seulement possible ?

Cette barrière que l’on construit entre « moi » et cet « autre » n’est-elle pas en fait un peu artificielle. Dans le fond, on écrit de jolies définitions, on élabore des petites règles, mais elles nous permettent juste de nous rassurer. On a ainsi l’impression de savoir ce que l’on a en face de nous. Et dans certains cas, tout cela est bien pratique pour alléger nos consciences. En effet, il est dès lors facile d’égorger un cochon en décrétant que ce n’est qu’un bête cochon, ou de foutre un coup de machette au voisin pour le même genre de raison. L’humain est en fait bloqué à l’intérieur de sa boite crânienne. Il lui est impossible de comprendre l’autre qui restera à jamais étranger pour lui. Mais si on pouvait raisonner autrement. Et si on était capable de percer cette coquille et de réaliser qu’on est tous, dans le fond, dans la même couveuse. Les créatures vivantes de cet univers sont toutes des aliens les unes pour les autres. En fait, on appartient tous à ce grand groupe d’ « extra-terrestres ». L’extra-terrestre, c’est l’anti-conformiste, l’étranger, le peuple face à l’élite. La menace n’existe que pour cette dernière. Elle craint le bouleversement de l’ordre et donc la perte de son pouvoir. Ainsi, le livre aborde bien évidemment l’immigration. Les petites politiques protectionnistes nationales y paraissent bien étriquées à côté des idées de libre circulation. Le nombrilisme face à au cosmique.

Bref, on est au-delà d’un « simple livre de genre ». C’est un roman politique, philosophique, éthique…

Petite remarque : Un petit livret accompagne la sortie du livre : « Aliens mode d’emploi ». Je n’ai fait que le feuilleter. Il reprend apparemment l’univers du roman sous la forme d’un mode d’emploi au ton probablement plus humoristique (un peu comme le « guide de survie en territoire zombie »). Les pictogrammes utilisés dans l’article sont tirés de cet addendum.

Illustration :

http://www.manchu-sf.com/ On doit le design des créatures (que l’on peut retrouver en fin de livre) à l’illustrateur Manchu

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2 réflexions sur “« Points Chauds » de Laurent Genefort

  1. J’ai acheté le continent déchiqueté de cet auteur dans une brocante , hier.

    • Je ne connais pas. Mais ça à l’air sympa. En lisant le 4ème de couverture, ça me fait un peu penser au film pour enfants « Zathura ». En tout cas, la longue liste des oeuvres de Genefort est impressionnante. C’est sûr, je me retrouverais, un jour ou l’autre, à nouveau avec un de ses bouquins en main. 😉

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