Monstres et Merveilles

« Vivants » d’ Isaac Marion

2 Commentaires

« Vivants » propose une réflexion neuve dans le genre… dommage qu’un parfum de naïveté adolescente nous pousse parfois à soupirer .

Mise en bouche: « Vivants » (« warm bodies ») d’Isaac Marion est sorti aux éditions Bragelonne. Il s’agit d’un roman post-apocalyptique à la première personne qui nous place dans la peau boursoufflée de R, zombie. Lui et ses semblables mènent un simulacre de vie en communauté dans un aéroport abandonné. Lors d’une excursion en ville, il croise le chemin de Julie, survivante à la chaire fraiche et rosée. Mais notre héros décide de ne pas la tuer, posant ainsi les premiers jalons d’une étrange relation.

– Peut-on se permettre n’importe quelle fantaisie en littérature de l’imaginaire ?

– « Oui, oui bien sûr Monsieur ! Je prône une fantasmagorie débridée, explosive, libérée de tous préformatages des littératures de genre ! »

– Oui ,oui mais… attention à la rupture du « willing suspension of disbelief » .

– Ca fait mal ?

– Euh…un peu.

Cette « suspension consentie de l’incrédulité » est un concept des théories scénaristiques où le lecteur abandonne sciemment son pragmatisme pour accepter les règles de l’univers dans lequel il plonge, fussent elles très différentes de sa réalité. Et là, « Vivants » n’a pu empêcher mon incrédulité de remonter à la surface vaseuse de mon cervelet. Et cela, probablement à cause d’un drôle de dépoussiérage dans la mythologie zombie. Mes méninges, probablement gorgées de stéréotypes, n’ont pu digérer toutes ces innovations. Je blâme mon cerveau car j’ai malgré tout une certaine affection pour la tentative de l’auteur. Surtout dans le genre post-apocalyptique-zombie qu’on bouffe dans tous les restaurants mais souvent à la même sauce.

Innovant…

Donc, Isaac Marion taille un nouveau costume à la goule. Vous reconnaitriez à peine notre ami vert-gris à la patte trainante. Et ça, c’ est à la fois une bonne chose et une mauvaise.

C’est d’abord une bonne chose. En effet, quand on ouvre un bouquin de zombies, on s’apprête à trouver la même vieille recette : une humanité consumériste, égoïste, rongée par sa propre folie. « Vivants » pousse dans une autre direction : qu’est ce que « vivre » ? Est-ce que c’est un palpitant encore en fonction ou quelque chose de plus ? Bref, une petite réflexion qui fait plaisir dans le « toujours plus et plus vite » de nos vies citadines.

… mais un peu naïf

Mais c’est aussi une mauvaise chose. En effet, je ne suis pas habitué à voir les zombies aussi « humanisés ». Car à force de voir des hordes de goules gémissantes sans cervelles, j’ai été dérangé par cette sorte de « culture zombie » inventée par I. Marion. Souvent, je suis sorti du récit, incrédule. Un exemple : dans l’aéroport infesté de zombies où vit R, le héros, des goules rassemblent les petits dans une école improvisée pour un cours sur le meilleur endroit où mordre un vivant. L’histoire tombe alors dans le naïf, voir le ridicule. Et c’est particulièrement le cas dans les scènes mêlant romance et bons sentiments ; la sauce ne prend pas. Dans le fond, c’est un peu le problème des « bit-lit ». On lisse les gentils vampires et loups-garous pour les transformer en beaux gosses bad-ass charismatiques. Bon ici, l’univers n’est pas aussi manichéen, mais malgré tout le lifting du zombie a du mal à passer.

Outre ce problème de contenu, le lyrisme est très appréciable (oui,oui du lyrisme dans un livre de zombie). Un ton qui tranche évidemment avec le genre. Un contraste de plus pour ce roman qui néanmoins ressemble fortement à ses créatures : gris, froid, trainant à défaut d’être entrainant.

A peine publié, aussitôt adapté

Après l’engouement pour Twilight, on comprend pourquoi les droits ont été rachetés rapidement. La production vise certainement à valoriser ce qu’il y a de moins bon dans le livre : son côté sitcom pour éphèbe en mal de vivre. Il suffit de regarder la gueule du héros. C’est le politiquement correct du gothique. Le Zombie devient un ado emo blafard.

Merde! Des zombies qui écoutent Tokyo Hotel, c’est pire que tout !

 

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2 réflexions sur “« Vivants » d’ Isaac Marion

  1. Haha j’avais pas vu la gueule des acteurs. Il fait pas très zombie le garçon, plutôt « beau ténébreux teenager ». J’ai bien aimé ce bouquin, même s’il est vrai que c’est très naïf. Le concept est original et il y a des scènes sympa dans le bouquin. Pas du tout aimé la fin par contre.

    • Oui, c’est vrai, il y a des bons passages mais c’est le côté ado qui m’a déçu. Et puis j’ai eu du mal de croire à certaines choses. Dommage parce que, comme tu le dis, le roman est original. Je suis tout à fait d’accord pour la fin.

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